The Big Crunch Theory – 1992

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Projet de la sémillante et très sympathique Lisa Li-Lund, connu entre autres pour ses superbes travaux avec les French Cow Boy, et Gilbert Cohen, boss du label Versatile, et extension de Quixote, duo initial de Gilbert avec I: Cube, amené à recruter Lisa suite aux conseils avisés d’Etienne Jaumet (Zombie Zombie) et Cosmic Neman, The Big Crunch Theory livre d’emblée, avec ce 1992 éclairé par la superbe voix de la franco-suédoise et dont les collaborations avec des figures de proue de notre scène le portent à un niveau très élevé, un produit de choix.

 

On y trouve Maxime Delpierre de Joakim & the disco, Bertrand Burgalat, Etienne Jaumet ou Quentin Rollet (ancien saxophoniste de…Prohibition, dont le nom évoquera forcément quelque chose aux amateurs de Towncrier), Yaya Herman-Dune ou la chanteuse Mai, et la splendeur pop-folk de 26 kids from the suburb (what to say?), aux chants croisés, nous amène à très vite saisir l’étendue du projet et sa qualité constante. On se trouve ici entre pureté et habillage hors-normes, les désirs premiers de Gilbert et Lisa (le premier souhaitait un album piano-voix, la seconde projetait de recourir à des sons plus déviants) se trouvant conciliés de la plus belle des façons, Arrows et la basse de Burgalat, et ses choeurs charmeurs, prolongeant l’extase musicale sur une trame pop ornée de sons obsédants, et bénéficiant bien évidemment de la prestance de Lisa, expérimentée et toujours partante pour oeuvrer de concert avec d’autres artistes. Avec, à l’issue de chacune de ces expériences communes, un rendu épatant. Le tempo gagne en vivacité sur Eyes lies et offre de nouveau un enrobage malin, chatoyant mais non conventionnel, suite à l’intermède Golda, trop court pour être pris en compte. Puis le calme de 12 friends in the city met en scène une incroyable beauté, habillée de sons à la fois clairs et graves, avant que T.B.C.T. N’instaure une electro-pop sombre à l’occasion de Weapon, avec pour effet de réaliser une première moitié d’album parfaite. Avec, cerise sur la gâteau, des touches acoustiques étincelantes, malmenées par ses bruitages moins purs.

 

Distortion revient à un côté posé, gentiment tourmenté par un ornement une fois encore épuré et décisif, aux notes enjôleuses, avant que le côté troublé du projet ne reprenne ses droits sur The strangest heart in Romania, aux pulsations electro que balafrent le saxo, épars et free, et une atmosphère dark réellement captivante, aux variations rythmiques bienvenues. Superbe réussite parmi beaucoup d’autres d’un opus de caractère, il laisse ensuite place à 637, vivace et aux atours dignes de The Shoes, à la croisée des genres, en clair-obscur parfait, produit par Etienne Jaumet avec le brio et l’orientation sombre et expérimentale qu’on lui connait. 1992 semble même prendre de l’envergure au fil des morceaux, se libérer entièrement, après des débuts déjà considérables, et ce n’est pas le titre éponyme, un 1992 spatial et psyché délectable, qui démentira mes propos. Q’s cloud étend cette atmosphère céleste en son début, par le bais de nappes inquiétantes, et offre un cheminement aux effets psychiques indéniables, une plongée dans les méandres de l’esprit, marquante et dont on ne ressort pas indemne, à l’image d’ailleurs de ce que le sieur Jaumet peut mettre en place sur le plan scénique.

 

Et pour conclure, Emmett’s Brooklyn thunder, orageux au sens propre comme au sens figuré, met un terme, dans cette même optique expérimentale, à un superbe album, créatif et singulier et ayant le bon goût de s’en tenir à un côté aventureux maitrisé, jamais excessif et gardant par ce biais sa cohérence et une excellence de tous les instants.