Aucan – Black rainbow

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Pour ceux qui se souviennent du fabuleux EP sorti il y a un an, intitulé DNA, Aucan est un révélation à ne négliger sous aucun prétexte, avec à son actif, aussi, un premier album dont émanait une sacrée diversité et un sens des ambiances saisissant bien que déroutant, l’absence de chant finissant cependant par engendrer une certaine lassitude.

Les Italiens se sont donc brillamment « repris » et dans le prolongement de DNA, sortent ce troisième disque qui pousse plus en avant les investigations du long jet de départ et instaure, louable initiative, du chant. Lequel se distingue sur Blurred, très trip-hop et « animé », si on peut dire, compte tenu de sa relative inertie dans le rythme, par la voix d’Angela Kinczly.Ce morceau marche sur les plates-bandes du Portishead de Third, les écrase même, et surprend autant que DNA tout en suscitant le même enthousiasme.

Les débuts sont donc réussis et si on se doute que le savoir-faire d’Aucan assurera un contenu solide, on attend d’en connaitre la nature, le groupe se montrant toujours prompt à étonner et innover. Et Heartless met en place un climat electro spatial et agité, le chant de Giovanni Ferliga, ses collègues assurant les choeurs, procurant à ce titre un cachet supplémentaire, entre élans appuyés et intonations plus  célestes. Et quand survient l’instru Red minoga (short edit), l’équilibre trouvé entre les sons et tempi remuants et les instants aériens maintient un intérêt optimal.

Nouvelle surprise ensuite avec Sound pressure level et son débit de voix rap qu’accompagnent des sons synthétiques à la fois orchestraux et explosifs, pour une nouvel essai réussi, dont le défaut est de prolonger les investigations du trio au point que sur la durée d’un album entier, on peine à s’y retrouver.

Heureusement, le génie lié à ces structures et leur pouvoir d’attraction plaide largement en faveur d’Aucan, dont le Storm lourd, assez massif mais « allégé » par ces effluves de claviers somme toute assez psyché, se révèle marquant. On entre ensuite dans le flou trop court de Embarque, négligeable, que Save yourself et ses organes vocaux exaltés, de front avec une trame electro/spatiale « maison », fait vite oublier. Aucan affiche de belles aptitudes à construire et envoûter et passé le délai d’adaptation à cet univers peu usité par ailleurs, l’effet est presque irréversible. L’ambiance songeuse d’Underwater music, bousculée par ces séquences electro dont le groupe a le secret et un chant trafiqué, ou l’inquiétant In a land, vont en ce sens et incitent à réexplorer les recoins sonores d’Aucan, exigeants mais addictifs.

Les protégés d’Africantape ne s’arrêtent pas en si bon chemin et l’insoumis Away! se déploie lentement mais avec force, cinglant dans le rythme et porteur de voix vindicatives, pour asseoir de façon incontestable l’identité de ses créateurs. L’intense rêverie vocale et sonore de Black rainbow, ultime morceau de cet opus, permettant à ce nouvel effort de finir comme il avait commencé, de manière définitivement probante.

Excellent disque donc, qui confirme largement les promesses issues de DNA, et belle expérience sonique et stylistique.