Cercueil – Erostrate

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Révélés en 2009 avec leur Shoo straight shout unique, dont la combinaison entre cold et new-wave, electro et prétentions trip-hop enfantait un résultat en tous points irréprochable, les lillois de Cercueil ont, depuis cet opus et des prestations live captivantes, pris la direction de Bristol pour y enregistrer ce nouvel album. Parallèlement à cela, ils ont quitté Optical Sound pour Le Son du Maquis, preuve d’une avancée à prendre en compte.

S’ils y réitèrent les trames du premier essai, ils aèrent aussi quelque peu leur propos sans s’éloigner outre-mesure de leurs ambiances glacées “multi-styles”, et passent de ce fait le cap du second disque avec brio.L’alliage entre organique et synthétique est abouti, jamais forcé, et Cercueil parvient à trouver un positionnement entre trame touffue et légèreté mélodique, sur Jumping war par exemple. Une impression de force tranquille, d’inventivité sonore à toute épreuve, s’impose à, l’auditeur, pris entre rêverie émanant de la voix de Pénélope et sautes d’humeur instrumentales bien amenées.

Entres climats éthérés et fulgurances soniques (Boredom’s magnetic eyes en ouverture, After dark et ses soudaines déflagrations electro), morceaux se déployant lentement (Subtitle et sa mélancolie contagieuse, qui s’enhardit ensuite dans le rythme) et essais vivaces (Slave wave), ponctués par des breaks intelligents, Nico, Pénélope et Olivier imposent leur univers, aussi charmeur que troublant, aussi serein qu’inquiétant, et réalisent un sans-fautes sur la première moitié d’Erostrate.

Sur The guest, qui amorce la seconde partie de ces dix morceaux, l’intro agitée donne lieu à un morceau saccadé, parfaite représentation de cet équilibre entre ouvertures célestes et embardées soniques, rock dur et electro froidement dansante. Et l’instant d’après, Shade unit, spatial, bride la vitesse d’exécution pour mettre l’accent sur ces plages haut perchées, songeuses, qui complètent et prolongent le canevas du groupe. Avec, comme à l’habitude, des breaks bien intégrés, A ray apart instaurant lui un rock cold mariant riffs durs et motifs de claviers avenants. L’ingéniosité est à nouveau de mise et les excès de ce morceau, aussitôt suivis d’instants opposés dans leur contenu, réjouissent autant que ce qui précède ou va suivre.

C’est Things qui, puissant et fort de sons aussi enlevés qu’aériens, amorce cette suite, et fin, d’album, Know to none livrant ensuite un trip-hop alerte, que Pénélope ramène vers les cieux en livrant un duel aux instruments de ses compagnons. La bataille ne trouve aucun vainqueur et c’est là l’un des atouts de Cercueil; cette tendance à ne pas choisir, à laisser aller l’inspiration, sans se fixer de limites ou de règles restrictives.

Et le rendu, brillant, prodigieusement froid, est à classer, de façon similaire à la plupart des sorties du Son du Maquis, dans la catégorie des formations uniques, novatrices, dont l’évènement régénère les genres.