Crocodiles Inc. – Generalized suspicion of experts (is a very potent incentive to accepting pseudoscientific claims)

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Sextet strasbourgeois aux deux EPS réjouissants en diable, Crocodiles inc., ainsi renommé pour éviter la confusion avec les Américains de Crocodiles, auteurs eux aussi d’un excellent Sleep forever, quittent le collectif Növalis Impulse pour Herzfeld, et en arrivent avec ce disque à leur premier album. Et s’ils y réitèrent la folie et l’ingéniosité musicale des sorties précédentes, ils en élargissent aussi la portée, insufflant par exemple à cet opus de toute première qualité des échappées new-wave captivantes.

Generalized suspicion of experts reprend en effet à son compte la dualité vocale ahurissante associant Simon Simple et Crocodildo (Channel 44 et ses parties de claviers déterminantes, entre autres exemples de morceaux concluants) et l’énergie Crampsienne caractéristique des Alsaciens, débutant par un I know a close friend of the emperor simultanément subtil et asséné. On retrouve sur ce titre inaugural tout ce qui fait la force des Crocodiles Inc.; l’allant rythmique, la capacité à jouer de façon judicieuse, justement, sur les tempi, ainsi que cette belle aptitude à élaborer des climats saisissants, à base de sons constamment inventifs et de vocaux changeants, fins ou endiablés, du meilleur effet. Le contenu des EPS est ici sublimé, le groupe franchissant un pallier supplémentaire, ce que confirme l’épatant Manhunt d’où s’échappent des effluves 80’s géniales. On sait désormais que Simon Simple and Co développent leurs propres trames, ornées par des synthés remarquables tels ceux de Is that what you call modern age?, cold à la Joy Division mais frappé avant tout du sceau Crocodiles Inc. et porteur d’embardées “speed” elles aussi imprenables.

Les atmosphères ainsi créées se succèdent et se complètent, The dark passenger venant taquiner et déstabiliser les Hushpuppies sur le plan de l’investissement des nappes de claviers et instaurant une ambiance à la fois sombre et alerte, le fonceur Hardbeat aux guitares vivaces se chargeant l’instant d’après de faire de ces cinq premiers titres de véritables gifles sonores et stylistiques.

Le coté rock’n’roll direct du groupe, arrosé par ces claviers volubiles et des six-cordes excitées, prédomine ensuite sur Vacuum tubes and capacitors are not simple machines, court mais tranchant, puis Birthright, dans la retenue, impose une plage qui monte doucement en intensité, majestueuse.

On passe ensuite à un morceau plus rapide mais bien tempéré (Curse of the crocodile king), Simon et Crocodildo y allant ici encore de cette étonnante complémentarité sur fond de rock mutant, hybride, au sein duquel folie et distinction font plus que bon ménage. Et passé le Channel 44 décrit plus haut, l’intro noisy de The widows of littlegrave accompagne un rythme haché que surplombent les keyboards de PBXVI, pour au final engendrer une sorte de rejeton cold/new-wave, moderne et personnel, issu des deux époques impliquées par l’expression.

Enfin, c’est un It’s a good way to die psyché, sonique aussi comme peuvent le faire les groupes de chez Pan European Recording, Turzi et Kill for total peace en tête, qui ferme la marche avec autant de brio que les dix autres plages. Consacrant ainsi un groupe incontournable dont l’univers, déjà passionnant sur disque, laisse augurer d’aussi bons moments sur les planches et génèrera, j’en suis pour ma part déjà convaincu, des écoutes durables et intempestives.