Shub – Fuck my luck

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Shub, trio noise-rock nîmois, nous avait déjà administré une belle mornifle avec The snake, the goose and the ladder, manifeste rock survolté, où l’expérience des Héraultais leur permettait un sans faute, leur offrant de surcroît la possibilité d’étaler au grand jour, si on peut dire, leurs indéniables qualités.

Depuis, le groupe a tourné dans les recoins de l’hexagone et sort ce qui constitue son troisième long jet sous la forme de ce Fuck my luck divisé en deux faces: Heaven et Hell. On y retrouve la noise large d’esprit de Shub, qui même dans le domaine instrumental, sur le The last battle of Jimmy Mohamed leste et alerte qui inaugure les réjouissances, atteint sa cible et démontre qu’il détient son rang dans le peloton de tête de la mouvance noise, si on devait qualifier son univers, nationale. La voix nasillarde de Raphaël Sacomant et sa guitare tranchante s’acoquinent parfaitement avec la rythmique de Benjamin Cédrian et Didier Leclerc et qu’il soit frontal ou plus louvoyant, voire les deux comme sur The path, le compagnon de route occasionnel de Marvin convainc, à l’image d’autres ressortissants du Languedoc-Roussillon ayant pour nom Servo.

Le tout s’écoute et s’appréhende comme un bloc dont on ne peut extraire un titre plus qu’un autre, parsemé de brefs éclairs poppy (In love with a banker) ou de sautes d’humeur rythmiques (Viva la muerte) tout à fait appréciables, que suivent des accalmies sur lesquelles la formation chapeautée par plusieurs labels recommandables fait valoir son sens du groove.

Cette face Heaven prend fin sur un Concrete mixer blues I trop court, qu’on aurait aimé voir se développer, et qui trouvera dans le dernier morceau de l’album et de la face Hell, Concrete mixer blues II, une extension intéressante bien qu’elle aussi frustrante dans le sens où son cheminement suscite l’envie d’en entendre plus.

Avant cela, et pour compléter ce second volet, Snob song, rageur façon Fugazi, aura mis l’auditeur en joie, et les bonnes idées du groupe en termes de riffs, de sonorités et de mise en place auront fait leur oeuvre, sur le massif Success ou Slaughterhouse five, introduit par des accords secs et simples, d’esprit rock’n’roll et doté de plages plus fines en osmose avec le contenu général.

The winner et Faster créant eux aussi la sensation, le premier de façon saccadée, le second nettement plus “in your face”, je conclurai en disant qu’avec ce nouvel opus, Shub mériterait une reconnaissance plus large, à l’instar de nombreux groupes noise ou autres dont le talent dépasse largement le crédit ou le succès qui leur est accordé.