The Two – The Two

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Fruit de la rencontre entre le magicien et multi instrumentiste David Jarre, fils de Charlotte Rampling et Jean-Michel Jarre, et la peintre Ara Starck, fille du designer Philippe Starck, The Two incite à un certain scepticisme de par la nature même de cette union, mais aussi, pour les mêmes raisons, à une certaine curiosité quant à la nature de la musique pratiquée.Et si le recto de la pochette, aussi rougeoyant que l’était la pochette du fabuleux Come down heavy de Thee Hypnotics, pourrait évoquer un rock incandescent, électrique et débridé, il n’en est rien et le duo opte pour un folk lumineux, aux mélodies soignées, trop propre pour convaincre sur la durée.

Les voix y sont certes enjôleuses, mais trop systématiquement “émotives”, bien que leur dualité soit probante, et le tout manque de relief. Les chansons, prises individuellement, sont d’honnêtes compositions folk, animées en certains endroits par un esprit rock bienvenu (un Everyday de très bonne tenue) qu’on aimerait plus présent. Après l’amorce constituée de I wanna be with you again et I’m 22, clairs et sobres, The Two recourt en effet de façon récurrente à ce canevas folk et perd vite en intérêt. En atteste un Close to me lui aussi sans surprises, qui aurait gagné à afficher plus d’intensité, suivi d’un Hold my heart feutré, heureusement sauvé de l’anecdotique par une guitare évoquant celle de David Roback de Mazzy Star.

Il reste toutefois à cet album le cachet qui le caractérise, l’ambiance qu’il met en place et que réitère Piece of you, et ces légers écarts dans l’humeur comme sur I know, un peu plus “bourru”, si l’on peut dire, que les autres morceaux. Le soin apporté à la production, sa simplicité, sa sincérité aussi, peuvent le rendre plaisant, mais il ne touchera guère qu’un public friand d’un univers avant tout intimiste, peu audacieux au final. On écoutera bien sur sans déplaisir Coma was not her name et sa fin gentiment énervée, qui montre d’ailleurs qu’avec de la fougue, The Two serait parvenu à un résultat moins mitigé, plus singulier et par conséquent, plus probant. Et la fin de ce disque éponyme, entre True to me et ses nappes  de claviers légères, et In my head, plus obscur et doté de guitares bluesy acceptables, ne peut être qualifiée de mauvaise. Mais il manque à l’opus en présence une profondeur que ces petits tranches de vie mises en son ne peuvent suffire à créer, un côté “téméraire” qui en aurait accru l’intensité.

Un résultat mi-figue mi-raisin donc, pour ce premier jet, dont on attendra cependant la suite au vu des aptitudes décelées ça et là chez The Two.