Grinderman – Grinderman 2

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Déjà fort d’un premier album déviant à souhait, exhalant aussi bien un blues marécageux et perverti qu’un rock tout aussi insoumis, le Grinderman de Nick Cave exploite de façon plus brute encore, sur ce second volet de leurs parcours aux airs de retour aux sources pour le ténébreux et élégant Nick, le sillon d’un univers dérangé, dérangeant aussi.

Ce faisant, le groupe nous livre un disque plus abouti encore, très souvent rageur et enfiévré, et ce dès l’imparable amorce qu’est Mickey mouse and the goodbye man, porté par une basse lourde et les grattes de Warren Ellis, hurlantes, torturées, auxquelles s’adjoignent une batterie aussi percutante qu’effacée quand il le faut et la voix, reconnaissable entre mille et alliant élégance et colère avec brio, du légendaire leader. Colérique, porteur de breaks justes et destinés à mieux servir l’intensité qui s’en dégage, ce morceau donne la tonalité de l’opus: au top sur le plan de la qualité, remonté comme jamais, bouillant comme l’étaient les Bad Seeds des débuts.
Il trouve en outre son parfait pendant “intermédiaire” sur When my baby comes, mis en valeur par des cordes bienvenues, apaisé certes mais tendu par un enrobage sonore dans la retenue, qu’on sent sur le point de rompre…et qui nous offre logiquement une seconde partie noisy et lancinante dont Grinderman a le secret.

Avant cela, l’énergie de la clique s’exprime à plein sur un Worm tamer au tempo lent mais puissant, chauffé à blanc par ces grattes menaçantes, griffues, félines, enjolivé par des choeurs virils et addictifs. Puis Heathen child, tout aussi reptilien, louvoyant, dégage lui aussi une intensité, et une force de caractère, exceptionnels.

Le début de Grinderman 2 est donc de haute volée et on pressent, au bout de ces quatre morceaux, un nouveau grand cru, dont What I know, faussement tranquille, chanté avec classe et émotion mais implosif, valide l’extrême valeur.

On se réjouit ensuite du bien nommé Evil, brulant, incandescent, à la fois frontal et saccadé, spécialité de l’ex Sonic Youth Jim Sclavunos et ses complices, pour ensuite se vautrer dans le blues aussi feutré que grinçant de Kitchenette. Lancinant, tourmenté, ce titre suinte la classe, et la déviance, par toutes ses notes, et inaugure magnifiquement une fin d’album elle aussi somptueuse. Palaces of Montezuma, aux choeurs enjôleurs, splendide, presque country, s’imposant à l’image de ce qui le précède comme l’énième réussite de ce digipack probant jusque dans le contenu de son livret.

Enfin, c’est Bellringer blues, dans le même temps leste et agile, fort de ces sons de guitare obsédants, aux voix entremêlées magiques, qui fait lui aussi preuve d’une force de frappe, et de séduction, inégalables.

L’impeccable production de Nick Launay venant parachever un ouvrage impeccable en tous points, nul besoin de préciser en conclusion que nous tenons là l’une des rondelles phare de ces derniers temps, sauvage et distinguée jusque dans cette insoumission salvatrice.