Blonde Redhead – Penny sparkle

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Le trio composé des deux frangins italiens et le chanteuse japonaise, après des débuts marqués par une orientation noisy dont découlèrent de superbes albums, a ensuite adouci son propos, depuis trois albums notamment, et on peut considérer que ce Penny Sparkle atmosphérique constitue l’aboutissement de cette démarche.

Il livre en effet une superbe série de morceaux posés mais faussement tranquilles, inaugurés par Here sometimes et ses airs Cocteau Twins, éthérés, chantés d’une voix de sirène par Kazu Makino. Le climat planant est de mise et prévaudra jusqu’au terme de ce nouvel opus captivant, qui dévoile une ambiance à la fois froide et enjouée, et use d’une instrumentation de moins en moins rock dans l’esprit. Du rythme electro de ce premier titre à ceux de Not getting there, et les effluves shoegaze discrètes qui en émanent, pour en arriver à Will there be stars, presque psyché, les New-Yorkais se réinventent, c’est une constante chez eux et l’on s’en réjouit, tout en gardant ce cachet qui leur est propre et leur sied à merveille. Et le style qui émane de leurs investigations, rêveur, intense mais retenu, tient autant de le dream-pop que d’un courant cold plus “lumineux” qu’à l’habitude, orné de nappes sonores magnifiques, envoûtantes, comme l’est celle qui drape My plants are dead.

On pense également à Portishead, un Portishead plus vivace, tant Kazu, à l’instar de Beth Gibbons, dote les morceaux de Blonde Redhead d’apparats singuliers. Simone et Amedeo assurant, comme parfait écrin à l’organe de leur vocaliste, des accompagnements somptueux, jamais conventionnels, jamais surchargés (l’excellent Love or poison et ses sons obscurs).

L’effet et l’envoûtement perdurent ensuite, sur Oslo, saccadé et animé par un arrière-plan sonore aussi velouté que dérangé, puis ce Penny sparkle dépouillé, mis en valeur par des percussions décisives, dont le climat oscille entre clarté et noirceur tempérée, avant que Everything is wrong, plus alerte, ne vienne troubler la relative quiétude de l’ouvrage. Le voyage sonore est donc appréciable, tout juste secoué par de douces turbulences, et on s’enfonce, avec Black guitar et ses guitares claires mais menaçantes, dans une délicieuse torpeur que la voix d’un des frangins Pace vient prolonger, aidé en cela par le chant inimitable de la Japonaise. Puis c’est un Spain céleste, porté par une trame electro “light” et des percussions une fois encore remarquables, qui met fin à un disque de belle facture, qui souligne joliment une évolution notoire chez Blonde Redhead. Un peu comme lorsque ces derniers ont délaissé les embardées noisy des débuts pour s’adonner à une pop plus douce, qu’ils reliftent cette fois à leur manière pour l’amener vers des sommets de pureté et d’intensité, ceci dans un entrelac de sons délicats et ingénieux.