The National – High violet

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Déçu, dans les conditions du live, par un groupe dont la récente programmation en première partie de Pavement m’incita à croire en une certaine crédibilité de sa part, je me suis attelé à l’écoute de ses albums, déterminé à y trouver les qualités que le quintet devait, selon moi, forcément dévoiler.

Sur ce dernier album en date, de la qualité, on en trouve, très vite même, dès le brumeux et émotionnel Terrible love. Le “hic”, c’est que The National, en groupe expérimenté, semble avoir très vite trouvé la formule “magique”, celle qui consiste à livrer de l’émotion “en veux-tu en voilà” à l’auditeur sans, parallèlement à cela, faire preuve d’audace ou d’un tant soi peu d’identité. On ne  se démarquera que très peu, ici, d’un créneau initié par les “références” du genre comme Coldplay ou les affreux Muse, en moins pompeux cependant, et les compositions du groupe, pourtant bien construites, s’en tiendront à une politesse sonique très grand public. Anyone’s ghost et son tempo saccadé et entrainant, son climat gentiment obscur, fait certes partie de ces quelques surprises, à l’instar de l’excellent Afraid of everyone, intense et fiévreux,susceptibles de crédibiliser l’oeuvre de The National. Mais on est plus dans l’émotion “fabriquée” que dans le vrai ressenti, sincère et non-feint, et il est à craindre que l’opus ne séduise que la frange la plus “commerciale” -c’est la plus conséquente, de ce fait High violet touchera son monde, si l’on peut dire, après que les Pixies l’aient “trompé” par le biais d’un disque autrement plus osé- du public.

On aimerait, on apprécierait d’autant plus que cela permettrait au groupe de s’émanciper, assister à des envolées embrasées, moins “émotives par expérience”. On aimerait que The National, propre sur lui, le soit un peu moins dans ce qu’il pratique. On aimerait que la trame pourtant prometteuse de Bloodbuzz Ohio décolle, que le cheminement des compositions soit moins basée sur le “dramatique” forcé et systématique (Runaway, entre autres chansons de ce type, ou un England pénalisé par des cordes prévisibles). On aimerait d’autant plus que certains moments sont vraiment plaisants et touchants (le Anyone’s ghost cité plus haut, belle réussite). Mais on ne dépassera pas, sur ces onze morceaux polis, le stade d’une attitude complaisante et plus formatée, finalement, que réellement audacieuse et personnelle. L’émotion demeure lorsqu’on lui donne des formes et des natures diverses et changeantes, ce n’est malheureusement pas le cas ici, et l’on devra se contenter d’émois linéaires et trop répétés, dont les montées en puissance, peu nombreuses, promettent sans concrétiser.

Ce High violet séduira donc de façon certaine, et durable, l’auditeur lambda, peu soucieux de structures sortant des sentiers battus. Mais il découragera tout aussi promptement celui qui, désireux d’éprouver un ressenti moins convenu, privilégie les réalisations moins timorées, moins convenues.