Sheetah et les Weissmuller – ! Hola ye-yeah !

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Avec un nom pareil, on aurait pu s’attendre à un de ces nombreux groupes festifs insupportables, avec force cuivres, paroles débilisantes et registre plat et insignifiant, basé sur la bonne humeur forcée et collective, du style « tapez dans vos mains tout va bien ».
Il n’en est rien et ce quintet lillois trouve ses origines dans le twist, les 60’s et le psyché, et des formations comme les Seeds, Electric Prunes…et notre Dutronc national. Il peut en outre se targuer d’avoir ouvert pour d’illustres combos ayant pour nom Fuzztones, Bellrays, The Playboys ou Magnetix.

On ne s’étonnera donc pas de la qualité affichée ici, seul le recours au Français dans chant en et des textes un peu trop systématiquement délirants (mais non dénués d’intérêts, il faut le souligner) constituant , à mon sens, le point faible, si on peut dire, de l’oeuvre en présence.

L’ensemble est cependant de bon niveau, et on se prend vite à ce rock’n’roll rétro diablement bien ficelé, à grands coups de Farfisa, entrainant au possible et faisant la jonction entre le rock direct et son côté plus dansant. Le tempo est vif, l’orgue dominant donc, mais le reste n’est pas…en reste, et les guitares de Jéjé Weissmuller se distinguent régulièrement, appuyant le propos de ses collègues avec efficacité (sur Chien méchant par exemple). Les titres sont généralement courts et efficients au possible, et le groupe ne faiblit aucunement sur les formats plus longs (Ca vient des trips), un peu plus saccadés, qui complètent la palette liée à l’album de façon appréciable.

On appréciera aussi grandement le tempo élevé de la reprise du My little red book de Burt Bacharach, ou de Cette fille-là, après une belle brochette introductive, puis une première partie d’album, allant de Pire que le silence à Mets des badges, faite de cette fougue « twist’n’fuzz » au final assez irrésistible.

La fin maintient aisément l’intérêt, avec Gare au gourou et son orgue en nappes obsédantes, et La caverne, avec son solo débridé, et si l’orientation permettait une innovation, et une prise de risques, plus conséquentes et permettant donc de briser l’uniformité du rendu, la réussite serait considérable. Mais le brassage mis en place par Sheetah et les Weissmuller s’avère assez original, haut en couleurs et fourni en moments forts, pour qu’on lui reconnaisse un niveau largement supérieur à la moyenne. Il engendre, de plus, une forme de dépendance liée à ces petits hymnes twist, qui risque de le faire durer dans le temps, et assied l’identité du groupe, dont on attend désormais les sorties à venir, et plus encore, peut-être, des prestations scéniques qu’on imagine trépidantes et énergiques.