Maxïmo Park – Our Earthly Pleasures

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Par Joseffeen et Amenina

English version/ version anglaise

Nous avons rencontré les Maxïmo Park le 7 juin 2007, juste avant leur concert au BT59 ( Rue Marc Sangnier 33130 Bègles) .
Archis Tiku (basse) a bien voulu répondre à nos questions (et Lukas Wooller (clavier) nous a rejoint quelques minutes plus tard…):



Muzzart: Le titre de votre nouvel album est ‘Our earthly pleasures’ et on pourrait donc s’attendre à des paroles joyeuses mais quand on écoute vos chansons, les moments de bonheur semblent toujours associés à des moments de tristesse. C’est une vision plutôt sombre du bonheur, non?

Archis : Oui, je pense. En fait, je crois que la mélancolie est omniprésente dans les paroles mais c’est bien plus réel que si on avait tout le temps des paroles joyeuses… Je ne pense pas que les gens puissent être heureux tout le temps… La mélancolie rend les moments de bonheur encore meilleurs. C’est presque une libération.

Muzzart : Des chansons comme ‘Your urge’ et ‘Sandblasted and set free’ sonnent un peu plus pop que ce que vous faites d’habitude. Ça a été un choix délibéré?

Archis : Pas vraiment. Nous avons essayé d’écrire dans des styles variés. Même si des titres comme ‘Sandblasted’ et ‘Your urge’ peuvent paraître très différents des autres, ils s’inscrivent dans un ensemble qu’on voulait cohérent. Elles sont peut-être très différentes de ce que nous avons pu faire par le passé, mais il y a toujours un thème et un gros son de guitares. ‘Sandblasted’ me fait penser à ‘Going missing’ qui était sur notre premier album avec sa guitare désaccordée et …

Lukas : Bonjour! (en français)

Muzzart : Bonjour! Nous parlions du son pop de votre nouvel album…

Lukas : Je crois qu’en ce qui nous concerne, on fait de la musique pop. Il y a différentes manières d’en faire. Je pense que notre premier album est aussi un disque pop. Il est probablement plus punchy, énergique et peut-être plus fait pour danser. Le rythme est régulier et plus rapide tandis que sur le nouveau, nous avons essayé d’intégrer plus d’émotions. Il y a plus de moments sombres, des moments mélancoliques plus doux comme dans ‘Karaoke plays’ qui a un son de guitare plus aigü…. et ‘Russian literature’ qui a plus d’emphase, certaines parties rappellent même des chansons de Queen. (rires)

Archis: Mais pour nous, c’est toujours de la musique pop, il y a toujours une mélodie…

Lukas: Ouais, ce sont toujours des chansons de trois minutes dont les paroles sont accessibles et pleines d’émotions mais il n’y a rien de trop spécifique qui pourrait empêcher les gens de les comprendre dans cinq ou dix ans. Nous essayons de faire de la musique qui va durer et bien entendu, nous n’avons pas envie de refaire la même chose que pour le premier disque.
Nous avons fait de notre mieux sur cet album pour montrer des influences diverses, des influences comme des groupes de rock américains qu’on écoutait avant: Sonic Youth, Pavement, Smashing Pumpkins…

Archis : Nirvana…

Lukas : Ça s’entend sur les guitares. Et puis, comme vous le savez, on a travaillé avec Gil Norton qui est le producteur des Foo Fighters et des Pixies…

Muzzart : Ça a été très différent de travailler avec un autre producteur?

Lukas : Oh oui, c’était différent! Et même si nous avions travaillé avec lui à la fois sur le premier album et le deuxième, ça aurait été différent. Pour le premier album, les chansons n’ont pas été écrites dans la perspective d’un disque. On les a écrites à Newcastle pour les jouer à nos amis, faire des concerts,etc…, on avait des boulots et il n’était pas du tout question de faire un disque, au départ.
La deuxième fois, ça change tout. On sait qu’il va y avoir un album, qu’on va l’enregistrer avant de le jouer à qui que ce soit alors on s’appuie plus sur le producteur… non seulement pour l’enregistrement mais aussi en tant qu’auteur. Il y a eu une étape très importante que nous avions sautée pour le premier album, il s’agit de la pré-production. Gil est venu à Newcastle, nous lui avons joué toutes les chansons encore et encore et encore pendant deux semaines….

Archis : pour voir si la structure tenait la route…

Lukas: Exactement. C’est comme essayer de tester la solidité d’une boite. On tape dessus un peu partout et si une partie s’enfonce ou si elle se casse, c’est qu’elle a un point faible et qu’il faut résoudre le problème. C’est ce qui s’est passé avec nos chansons : ‘Changeons ça, changeons ça aussi! Essayons ça, ou alors essayons plutôt ça!’ C’était une expérience vraiment nouvelle pour nous, un travail beaucoup plus dur mais quand nous sommes entrés en studio, nous étions beaucoup plus confiants parce que tout était déjà écrit.

 
Lukas                                      Archis

Muzzart: Combien de temps vous a pris l’enregistrement de l’album?

Archis : Plus ou moins 6 semaines.

Lukas: Neuf semaines!

Archis: Neuf semaines en comptant des pauses et des tournées.  

Lukas : On ne voulait pas disparaître. On a essayé de garder un équilibre entre la scène et le studio. On a fait quelques festivals en même temps. On ne l’a pas fait en une seule fois mais en trois fois dans l’été. Si ça nous avait pris neuf semaines à la suite, au bout de quatre ou cinq semaines, on en aurait eu marre.

Muzzart: Vous êtes devenus célèbres en très peu de temps, quand vous êtes-vous rendus compte que les choses avaient changé?

Archis: On s’en rend compte peu à peu. La célébrité n’a pas vraiment eu d’effets sur nous… On n’est pas vraiment… célèbre, en fait.

Lukas: En France, ça commence tout juste pour nous. Beaucoup de gens ne savent pas qui nous sommes. La dernière fois que nous sommes venus à Bordeaux, c’était il y a deux ans, ça fait longtemps. Nous avons joué dans de nombreux endroits dans le monde et, ce soir, on ne sait même pas combien il y aura de gens!

Muzzart : Mais en Angleterre, vos concerts ont affiché complet en peu de temps, qu’est-ce qui est plus facile pour vous après un tel succès?

Archis: Rien! On pensait que ça rendrait les choses plus faciles mais c’est l’inverse. Plus de gens veulent nous parler, plus de gens…

Muzzart : …viennent vous embêter… (rires)

Lukas : (rires) Plus de gens veulent nous poser des questions… mais c’est super de se trouver dans cette situation-là parce que ça veut dire que nous faisons de la musique que les gens aiment et dont ils ont envie de parler. Maintenant plein de gens nous demandent de jouer un peu partout dans le monde, on a l’impression de progresser. On est sur un petit label alors on n’a pas toutes les ressources qu’ont les autres groupes en termes d’argent et de marketing. En gros, on enregistre et on part en tournée en espérant à chaque fois qu’il y aura un peu plus de monde.

Muzzart : Votre tournée est vraiment très longue, alors on se demandait si vous fuyez quelqu’un ou quelque chose…

Lukas: Archis fuit un mec qui s’appelle Choppers… (rires)

Archis: … et qui veut me tuer!  Mais je préfère ne pas en parler….(rires)

(ndlr: en anglais, ‘a chopper’ veut dire ‘une hache’…)

Muzzart : Vous êtes de Newcastle, qu’est-ce qui vous manque le plus quand vous êtes en tournée?

Archis: Juste le confort de la maison, voir des amis, aller faire les courses dans les boutiques du quartier. On voit tant d’endroits différents que quand on rentre, après avoir passé un jour à la maison, on se dit ‘Bon ben, je suis rentré…’ et puis on se fait à l’idée et on reprend notre train-train: on sort, on voit des amis, des gens que l’on a pas vus depuis un bout de temps … C’est le genre de trucs qui me manquent … et puis le simple fait de dormir dans mon lit! Des choses simples, en fait: regarder la télé, écouter ses propres cds… Comme nous avons un bus pour la tournée et comme tout est très organisé, maintenant, on a l’habitude mais ce sont les petites chose comme ça qui nous manquent.

Lukas: C’est une vie très structurée et parfois c’est bien parce qu’on sait ce qu’on va faire et quand. On s’occupe de nous mais, on ne peut pas faire ce qu’on veut quand on veut et le pire dans tout ça, c’est qu’on a pas le temps d’écrire de la musique convenablement. On écrit tout le temps, des petites choses qu’on essaie de recoller mais quand on est seul chez soi, on peut passer le temps qu’on veut à faire ce qu’on veut. Mais bon, après deux ou trois jours, de toute façon, je m’ennuie et je veux repartir! (rires)

Muzzart: Quel est votre meilleur souvenir de concert?

Lukas : Il y en a  tellement! (rires) Euh… récemment? Je sais pas… je dirai qu’hier soir c’était plutôt impressionnant! On était à Nantes. On y avait déjà joué il y a quelques années avec Futureheads, Hard-fi, Kaiser Chiefs… On était venu à Bordeaux aussi d’ailleurs. Hier, on ne savait pas vraiment à quel public s’attendre. Il y avait un petit groupe de jeunes surexcités. Ils étaient seulement une trentaine, le reste du public était plutôt calme, c’était des gens plus âgés. Je crois que j’ai jamais vu un groupe si petit mettre autant d’ambiance en se jetant dans la foule. Ils montaient sur la scène, sautaient sur les premiers rangs, se retrouvaient par terre et ça leur était égal!

Muzzart (Amenina) : OK, alors ce soir, on essaiera de faire mieux…(rires)

Archis: (rires) Ouais, je veux voir ça!

Lukas : Je ne vous le conseille pas…

Muzzart (Joseffeen à Amenina) : Ouais ben, ce sera sans moi…

Lukas (à Amenina): Ah non! Toute seule c’est trop dangereux!


Duncan Lloyd et Tom English au BT59

Muzzart : Revenons-en à notre interview…. Est-ce que vous avez tous les mêmes influences?

Archis: On aime tous des choses différentes. On a tous joué dans des groupes aux styles très différents mais on a quelques points communs. Il y a certains groupes que l’on aime tous mais il y en a plein qu’on découvre grâce aux autres. Ça nous permet de nous renouveler en nous intéressant à des musiques auxquelles on ne se serait pas intéressé par nous-mêmes et qu’on apprend à apprécier. On découvre plein de trucs ensemble.

Muzzart: Quelles sont vos influences communes?

Archis: Peut-être les Go-betweens, la musique grunge… j’aime bien Faith No More aussi…

Lukas : Ce qu’on écoutait quand on était ado. Je crois qu’on préférait tous les groupes de rock américains, aucun de nous n’a jamais été un fan de Brit pop. Tous ces groupes anglais étaient tournés vers les années 60 et ce n’est pas ce qui nous intéressait à ce moment-là. Nous on écoutait plutôt des groupes comme Pavement avec leurs guitares saturées, leurs textes plus recherchés et des structures de chansons plus innovantes, il y avait beaucoup plus d’émotions. C’est le genre de musique qui nous parle et qu’on veut faire.

Muzzart : Comment travaillez-vous ensemble?

Archis: On a plusieurs façons de travailler, en fait. Parfois un de nous a une idée qu’il propose au groupe et on joue ce qui nous semble convenir à la chanson. Parfois, une personne écrit une chanson du début à la fin et on l’ajoute à notre répertoire. Et puis d’autres fois, on se traîne une chanson pendant….

Lukas : Des années! (rires)

Archis: … des années ou des mois jusqu’à ce qu’elle soit parfaite et qu’elle plaise à tout le monde.

Lukas: On a en quelques exemples sur le nouvel album: ‘Parisian skies’ est en fait une vieille chanson qu’Archis a composée et dont on n’a pas su quoi faire pendant des années et des années…mais elle a finalement trouvé sa place sur l’album, et ‘Russian literature’ que j’ai écrite et j’ai pu dire : ‘Toi tu fais ci, toi tu fais ça!’.

Archis: Ça marche en plus! Et puis ce qu’on aime bien aussi, c’est juste jouer…

Lukas : Oui, faire un b½uf!

Archis: C’est quelque chose qu’on ne fait pas souvent mais ça sonne bien quand on le fait. On en a fait un hier sur scène et c’était trop cool! Ce serait une nouvelle chose à explorer, tenter d’improviser plus.

Muzzart quizz:

Muzzart : C’est quoi une bonne chansons pour vous?

Lukas : Si on l’aime tous les cinq, c’est qu’elle est bien! C’est ça, la règle. Comme on a des goûts et des critères très différents, chaque chanson doit correspondre aux attentes de chacun des cinq membres du groupe. On les écoute toutes très attentivement, on en discute et on essaie de convaincre tout le monde. Il suffit de garder l’esprit ouvert pour que ça marche.
Nous ce qu’on aime, c’est la mélodie, il faut qu’il y ait une accroche, qu’elle reste dans la tête et je crois que ça s’entend sur le deuxième album. Chaque instrument a son rôle à jouer dans une mélodie, comme  la batterie qui est très importante dans ‘Books from boxes’ et qui, juste avant le bridge, fait ‘poum, pam, ta, da , da, da ,da …’. (ndlr: en disant ça, il fait comme s’il jouait de la batterie…)
En fait, chacun a sa place d’un point de vue mélodique. Il ne faut pas qu’il y ait trop de répétitions. Il ne faut pas que ce soit trop banal, ni trop inaccessible… On aime bien qu’il y ait une musique enjouée et des paroles plus sombres pour créer un contraste mélancolie/énergie contenue.

Archis: …une mélancolie euphorique, histoire de dire : ‘On peut avoir des coups durs mais la vie continue.’

Paul Smith, Archis et Lukas au BT59

Muzzart : Quel est le premier album que vous avez acheté?

Lukas: Le premier album que j’ai acheté, c’était ‘The real thing’ de Faith No More. C’est le premier que j’ai acheté moi-même et il m’influence encore aujourd’hui!

Archis: Je ne me souviens pas du premier que j’ai acheté mais plutôt du premier qu’on m’a offert. C’était ‘Bridge over troubled water’ de Simon and Garfunkel.

Muzzart : Quelle est la chose la plus surprenante qui vous soit arrivée en tournée?

Lukas: On a joué deux fois avec les Rolling Stones, c’était assez fort.

Archis: Oui, les Rolling Stones mais l’un de mes premiers souvenirs de festivals, c’était au festival Fuji Rock en 2005, on a joué sur la plus grande scène. Il y avait du brouillard et on était entouré de montagnes bleutées, ça faisait un peu penser aux Seigneurs des anneaux. C’était très impressionnant.

Muzzart : Vous pouvez nous dire quelque chose en français?

Archis (en français) :Bien sûr! Nous parlons français!

Lukas (en français) : Je suis très désolé pour mon… being late?

Muzzart: retard

Lukas : retard

Archis: Il est en retard.

Muzzart : Tu es pardonné.

Lukas: Merci!