Binary audio misfits – B.A.M! LP

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B.A.M ou la preuve, éclatante, que l’on peut sortir un album crossover de grande classe par le biais d’un procédé de plus en plus utilisé: l’échange de fichiers. C’est ici l’ Experience de Franscisco Esteves, créateur du projet, et de Michel Cloup (souvenez-vous, entre autres, de l’énorme Hémisphère gauche de mon cerveau), venu de Toulouse, et les texans de The word association qui se sont adonnés à cette méthode, Cloup se chargeant de fignoler le tout avec la dextérité qu’on lui connait. On ne passe pas par Diabologum sans faire preuve d’un talent conséquent par la suite…j’en veux pour preuve les travaux plus que prometteurs d’Arnaud Michniak avec Programme, dont l’album Agent réel, récent, s’avère être de tout premier ordre.

Revenons-en donc au contenu, entre rock aux guitares qui “blastent” (Get loud or get dyin’, entrée en matière tonitruante), hip-hop sombre (B.A.M theme), et chant se partageant entre Anglais et Français, l’effet restant quoiqu’il en soit conséquent et le rendu de taille.
Sur les plages “pesantes” (Church of disorder, Soundversus et ses guitares entre riffs mordants et élans plus fins), la réussite est de mise, la verve verbale issue d’Experience étant bien évidemment d’un grand apport sur le premier de ces deux titres, et le chant typiquement hip-hop en Anglais, sur le second, tout aussi décisif.
On pense à Zone Libre VS Casey Hamé, et le brassage des styles est parfaitement au point. Vindicatif, textuellement appréciable, ayant l’intelligence de nuancer son contenu par des morceaux plus modérés (Melting wings, Visionary people), B.A.M! LP trouve une place de choix, légitime et nullement usurpée, dans ce créneau, encore inégal car partagé entre sincérité (les artistes cités en début d’article) et redite plate et stupide d’une fusion initiée en son époque, dans l’hexagone, par les pitoyables Pleymo et consorts (Mass Hysteria, par exemple, qui ne suscite plus que l’hystérie des jeunes écervelés avides de gros sons et incapables de discerner attitude commerciale, doublée d’un cruel manque d’inspiration, et talent à l’état pur, assorti d’un comportement échappant à toute attitude par trop conforme).

La fin du disque ne marque aucun essoufflement, entre le trépidant Brain drain generation, hautement musical,ou Cloup se moque, justement, de la gente que je “mets à l’honneur” quelques lignes plus haut, et Lâchez les chiens, leste et bardé de sons dark, changeant dans ses options rythmiques, le tout avec une justesse digne de la maestria  de ses géniteurs. Sans oublier un No time like vow calme, jazzy dans son ornement, dont la fin met en parallèle scratches obsédants et guitares sombres.

Excellent disque donc, qui vient crédibiliser un mouvement qui non seulement fédère et rapproche certaines castes musicales, mais a aussi pour vertu d’amener une sincérité bienvenue à la production qui en émane.