Elise Costa: Comment je n’ai pas rencontré Britney Spears

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1. Pourquoi un tel périple, en « quête »de Britney, de la part d’une jeune femme résolument « indé » ?

C’est ce qui interpelle, en tout premier lieu, connaissant tes goûts musicaux initiaux…

 

Je ne me définirais pas comme étant une « indie girl ». Par contre, jusque là,  j’étais une fille habituée à l’écriture concise : d’abord au lycée, lors des dissertations de philo, puis à la fac de droit pour les commentaires d’arrêt, et enfin dans mon métier, puisque je suis pigiste. J’avais vraiment envie d’essayer le format long. Alors quand il a fallu trouver un sujet, j’ai essayé de voir ce que je connaissais le mieux – histoire de ne pas me lasser. Je voulais parler de pop culture, et Britney Spears est apparue comme un choix évident.

 

 

2. Il semblerait que tu cherches, par les  questions que tu soulèves, ta recherche d’infos, soit à « légitimer » le fait que tu aimes Britney, soit à valider le fait qu’il ne « faille pas l’aimer »…

 

Légitimer, non : je crois qu’on ne devrait jamais avoir à se justifier sur ses choix musicaux. Mais je voulais savoir pourquoi, après toutes ces années, j’aimais toujours autant écouter Britney, comment et pourquoi elle était devenue une de mes icônes pop préférées. Je comprends qu’elle puisse agacer mais quand certains mélomanes la prennent en exemple pour appuyer leur thèse sur le déclin de la musique depuis les années 2000, je pense qu’ils se trompent. Quand le 23 mai 2000, Billy Corgan annonce la séparation des Smashing Pumpkins en disant : « Tout va bien au sein du groupe. Mais la culture étant ce qu’elle est aujourd’hui, c’est difficile de se battre contre les Britneys », ça me fout les foies. Comme le dit si bien Rob Sheffield que j’ai interviewé, Twinkle, Sandie Shaw et consoeurs étaient les Britneys des années 60, et elles n’ont jamais empêché personne de faire de la musique.    

 

3. Pourquoi Britney et pas, au moment ou Hole fait son retour, son « pendant rock » qu’est Courtney Love, par exemple ?

 

Parce que Poppy Z. Brite et Lucia Etxebarria avaient déjà écrit d’excellents bouquins sur Courtney. (Aussi, je ne sais pas si on peut parler d’un retour du groupe Hole : Courtney a simplement repris le nom à son compte, et même Eric Erlandson a été éjecté de la partie !) En fait, Britney est à la fois un personnage attachant, drôle et tragique, ce qui n’est pas le cas de Courtney Love. La veuve de Kurt Cobain obligerait à une écriture plus sombre.

 

4. Quel était ton objectif à l’écriture de ton livre ? Au delà du fait de chercher à « cerner » Britney, n’as-tu pas tenté de montrer que l’on pouvait concilier l’écoute de groupes rock et d’une artiste aussi « commerciale » que l’intéressée ?

 

Ce n’était pas volontaire mais si c’est ce qui ressort à la lecture, alors tant mieux ! S’enfermer dans un genre musical, ce serait un peu triste.

 

5. Montrer et écrire qu’on aime Britney n’engendre t-il pas le risque d’une perte de crédibilité « indé » ?

 

C’est là tout le truc : pourquoi certains « indés » ressentent-ils le besoin impérieux d’être crédibles ? Bien sûr, ça fait partie de leur système de valeurs… mais la dictature du bon goût n’est jamais bien loin. A en entendre certains, parfois, on a l’impression qu’ils préfèreraient faire une overdose d’antibiotiques que d’admettre qu’ils écoutent certains tubes – leur équation se résumant à « succès = commercial = Satan ». C’est plus complexe que ça. Après, un tas de groupes indé ont aussi repris des chansons de Britney !

 

6. Comment ton ressenti envers Britney a-t-il évolué, au fil de ton voyage et de ce que tu apprenais d’elle ?

 

Ecrire ce bouquin, ça a été comme revivre la dernière décennie de façon condensée : je l’ai trouvée tour à tour stupide, touchante, bosseuse, rigolote, pathétique, déjantée… Et puis je me suis rendue à l’évidence : je prends le sujet Britney Spears au sérieux.

 

7. Le rock a-t-il été, lors de l’écriture ou de ton séjour, un « garde-fou » destiné à ne pas sombrer dans une forme de fanatisme exacerbé envers Britney ?

 

Être fanatique, ça ne me dit trop rien. Je ne connais personne à qui ça a réussi. J’avais donc peu de chance de me perdre dans la musique de Britney. En revanche j’ai beaucoup écouté de garage rock, de punk et Jay-Z.

 

8. Ton roman ressemble en certains occasions à une captivante analyse d’ordre psychologique ou sociologique (ex : page 79, 31 et 32 ; page 99, 43 ; page 146 et l’habile référence à Baudrillard ; page 161, 79 etc…), liée au monde la musique…

Te serais-tu appuyée sur le « prétexte » Britney pour t’adonner à cela ?

 

Britney s’y prêtait tellement bien, ça aurait été dommage de ne pas traiter un peu de l’aspect sociologique. Mais c’est vrai que la sociologie -même si mon niveau est ce qu’il est- est ma science favorite. En master 2 de droit, j’ai réussi à passer mon mémoire sur la musique avec le prof de socio. Sociology rocks.

 

9. Le titre même de ton livre, et son contenu, ne signifierait-il pas indirectement « (Mieux vaut ne pas) rencontrer Britney » ou encore « Comment je ne « cerne » toujours pas Britney », ce qui induirait l’idée que ta quête est restée vaine ou inachevée ?

 

C’est vrai que je n’ai jamais voulu la rencontrer pour faire ce livre. Ca l’aurait emmerdée, et qu’est-ce que j’aurais appris de plus ? Mais effectivement, en gardant ce rapport distancié, j’ai aussi pris le risque de ne pas la cerner complètement. Ceci dit, il y a des gens que je connais depuis des années que je ne cerne pas complètement non plus. Et c’est une bonne chose : ça laisse encore la chance d’être surpris.

 

10. Cet ouvrage étant incontestablement réussi, penses-tu continuer à écrire ? Et qui sera la « cible » de ton prochain écrit ? Stephen Malkmus, Diams ?? (Rires…).

Ou penses-tu nous surprendre à nouveau et nous gratifier d’une oeuvre à caractère très psy, qui creuserait et approfondirait le constat que je dresse dans ma huitième question ?

 

J’ai commencé la guitare en seconde : j’ai arrêté ; j’ai commencé le roller derby : je suis tombée deux fois sur le cul, j’ai arrêté ; j’ai fait du théâtre pendant des années, puis j’ai arrêté. Ecrire, ça ne m’est toujours pas passé. La question c’est : est-ce que je continuerai à être publiée ? Faut donc bien que je continue à m’entraîner.

 

11. Pour finir en beauté, que faut-il penser de Britney maintenant que tu as « fait la lumière » sur elle ?

 

Vous en pensez ce que vous voulez, mais personnellement, je trouve que c’est une fille très cool.