The Black Keys – Brothers

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Après un Attack & release déjà un poil plus groovy que l’album précédent, puis leur projet Blackroc, en compagnie de la fine fleur du rap, dont RZA, les Black Keys évoluent avec brio, dans la continuité des travaux initiaux, et gardent le côté soul et groovy des sorties précitées, l’insufflant à ce Brothers excellent du début à la fin.
Sa puissance, son côté spontané, brut aussi, est plus nuancée, et permet à la paire de se renouveler tout en gardant ce cachet, si particulier, qui a fait sa réputation jusqu’alors.

On sent cette avancée, on s’en enivre même, dès Everlasting light, massif et fluet, soul à souhait, puis Next girl, exhalant un parfum là aussi très soul, dans une puissance, en arrière-plan, bien tempérée, porté par une basse simple et efficace, valide l’orientation d’Auerbach et Carney. Parfaitement à l’aise dans ce registre, ceux-ci balancent ensuite un Tighten up énorme, dont se dégage leur sempiternelle inspiration en terme de sonorités, le tout dans une simplicité délibérée, avec, placée où il faut, une ouverture plus vive.

Il en va de même partout sur Brothers, Howlin’ for you, le titre suivant, s’imposant dès son arrivée par ce rythme de batterie implacable et ces bruitages synthétiques remarquables, puis ces “la-la-la-la…” mémorables, dont on retrouve la trace, entre autres, sur Derdang Derdang d’Archie Bronson Oufit. Ce morceau rapproche d’ailleurs les deux formations, qui ont su évoluer et trouver un second souffle, sur leurs derniers opus respectifs, et rend compte par son excellence du niveau général de la galette, et ce sur la bagatelle de quinze titres.
Les Black Keys font donc preuve de générosité, en plus de leur talent constant, et pratiquent aussi ce rock bourru pour lequel on les aime (She’s long gone), faisant montre de la même verve dans un registre plus léger (The only one, Too afraid to love you), plus chatoyant.
Leurs élans bluesy feutrés (Ten cent pistol) réjouissent leur monde, puis on retrouve ces rythmes saccadés, sur Sinister kid aux relents funky acides.

Vous l’aurez compris, chaque titre de Brothers mérite le détour et le troisième tiers du disque, entre The go getter et ses volutes presque jazzy et les effluves gospel de These days, en passant par Unknown brother, cool et rugueux, assied les Black Keys dans leur statut de duo évolutif, authentique et incontournable, dans un registre posé, moins “percutant” qu’à l’accoutumée. mais dont résulte la même qualité dans le rendu. Même si, après réflexion, un ou deux titres belliqueux en plus auraient, à mon sens, largement eu leur place sur cette fringante collection.

Superbe disque néanmoins, sans faille ni essoufflement aucun.