Rome Buyce Night – Ann Arbor

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De Nantes viennent des groupes valeureux (Chevreuil, Papier Tigre, Room 204, Belone Quartet etc…), Rome Buyce Night venant maintenant s’ajouter à cette liste, par le biais de cet album sonique et psychédélique. La formation de Guillaume Collet en est tout de même, il faut le signaler, à sa cinquième sortie sous ce nom, et la cohésion qu’elle a su trouver, de même que son style bien à elle, ressortent magnifiquement sur ces six claques sonores de durée souvent étendue.

Cet épanchement dans le temps n’altère en rien la qualité du contenu, qui s’équilibre entre grosse partie psyché/noisy, aux légers relents post, et fin d’album plus légère, avec deux morceaux moins épais: le premier, Deux millions et demi de secondes, faisant dans un post-rock à l’arrière-plan dans la retenue, sombre et obsédant, au chant en Français  remarquablement adapté, inquiétant, et le second, qui met fin à l’opus, imposant une acoustique aérienne de bon aloi, joliment ornée par le chant de Guillaume et Jérôme (Ann Harbor).

Si le terme du disque est, vous l’aurez compris, brillant, c’est toutefois le reste qui surprend et captive le plus, le premier titre, The red diag, nous plaçant au coeur d’un psychédélisme touffu, superbe, qu’un groupe comme les Black Angels n’aurait pas renié. Intenses, denses et planantes, renforcées par une voix discrète et noyée, les onze minutes de ce titre inaugural donnent le ton et varient rythmes et ambiances avec une spontanéité et un professionnalisme étonnants…et détonnants. Entre guitares furieuses, accélérations jouissives et breaks aussi répétitifs que justes dans leur texture et leur sonorités. Rome Buyce Night a le don d’inventer des plages édifiantes, boostées, sur The unit scale of rock par exemple, à coups de six-cordes massives et de plans célestes en diable, et de les réitérer jusqu’à rendre l’auditeur dépendant. Et quand il allie cette force de frappe à des prétentions plus posées (The foam theater), en jalonnant son morceau de zébrures noisy à la early Sonic Youth, ce qui en résulte est également de haute volée.

C’est ensuite une chanson au rythme enlevé, The multiple scale(s) of rock, qui marque la fin de ce quartet imparable. Opaque, portée par une basse charnue, une charpente guitare/claviers parfaitement ajustée, aussi réfléchie qu’instinctive, cette compo fait définitivement la différence en faveur de Rome Buyce Night, et entérine dans un même élan son genre, novateur et tournant le dos aux conventions, et sa capacité à tenir sur le temps, au sein des morceaux comme sur l’écoute intégrale de cet opus à se procurer sans attendre.