Arno – Brussld

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Incroyable de constater à quel point ce vétéran du rock…belge, nullement éprouvé, se bonifie avec le temps. Déjà performant sur un Covers cocktail, sorti en 2008, sur lequel il alignait pas moins de vingt reprises de haut niveau, Arno Hintjens nous gratifie d’une oeuvre dans sa plus pure tradition, qui oscille entre rocks bourrus jouissifs, chantés en Anglais, et complaintes éraillées, magnifiques, en Français.

L’alternance des deux prévaut, donc, et débouche sur un album de toute beauté, aussi touchant dans ses moments de sensibilité (Elle pense quand elle danse) que dans ses élans belliqueux (Black dog day). Le “Tom Waits Belge” n’a rien perdu de sa verve et d’une inspiration intacte. Et sa voix rauque reconnaissable entre mille narre des tranches de vie de superbe manière sur, entre autres, un splendide Quelqu’un a touché ma femme. Puis la trame tendue de God save the kiss, rock incisif et dépaysant, le montre sous cette facette certes remontée, mais judicieusement ornée, qui lui sied tant. Sur Mademoiselle, on retrouve ses merveilleuses comptines électrifiées, lesquelles ont entre autres inspiré, de toute évidence, le Dominic Sonic de Cold Tears sur La loi des pauvres gens, et bien d’autres encore. Le tout s’enchaine sans qu’on ait l’impression d’une oeuvre décousue ou incohérente. Au contraire, l’ensemble coule de source et l’excellent Brussels, l’un des titres-phares, balance ce rock costaud pour notre bonheur, avec un refrain mémorable et fédérateur. Arno s’appuye sur son pays, son environnement et son quotidien, ou son passé, pour écrire et composer des morceaux dont aucun ne traine la patte, loin s’en faut. Et l’instrumentation mordante de ses comparses fait mouche sur leurs instants rageurs comme sur un How are you très…Tom Waits, doucereux et obscur.
On l’aime aussi, notre “fou d’Ostende”, dans ses titres en Français délicieusement déglingués (Le lundi on reste au lit) et même si le choix de reprendre Get up, stand up génère un résultat moyen, quoiqu’enjolivé par un piano élégant, chaque note, chaque seconde de Brussld fait bien plus qu’intéresser.

En fin d’album, Pop star et son harmonica réjouissant, rythmé et groovy, relancent la machine sous l’impulsion d’une sorte de funk-rock aux guitares acides. Puis Ginger red, aux sonorités bluesy-jazz feutrées, maintient un niveau de performance élevé tout en complèéant le panel large et bien senti du bonhomme.

Enfin, Ca monte et son rock athlétique et saccadé, orné de sons orientalisants, concluent un album de choix, qui pourrait en remontrer à nombre de formations moins “âgées” et apporte la preuve, cinglante et racée, que notre routard du rock est bien loin d’avoir tiré sa révérence. Avec des opus de cet accabit, il en est même bien éloigné et laisse à penser que la suite de sa carrière n’est ni proche ni à remettre en question, loin de là, sur le plan qualitatif.