69 – Novo rock

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Virginie Peitavi et Armand Gonzalez avaient déjà frappé fort, dans les 90’s et en compagnie de Cyril Bilbeaud, en nous offrant 3 albums signés Sloy, hors-normes, captivants et ayant marqué à jamais une scène française à l’époque très prolifique.

Cette ère révolue, ils créent 69, après le bel album de Sabo, et reviennent à un rock entièrement novateur, parfait mariage de l’électronique et de l’organique, qui trouve en ce premier album un aboutissement des plus probants. Le duo s’échange les instruments à l’envi et fait preuve d’une imagination sonore débordante, laquelle engendre un résultat hybride, débarrassé de toute influence par trop perceptible. Le style 69 est ainsi créé et fait mouche dès Novo rock, premier titre groovy, absolument irrésistible, frappé du sceau de la folie créatrice des deux principaux intervenants. Et si l’on retrouve l’incoercible rythme cher à Sloy, de même que les vocaux d’Armand, épris d’une géniale démence, la véritable similitude, la seule dirai-je même, réside dans ce côté “autre”, indéfinissable, et complètement envoûtant. Ce premier morceau est un hymne par le biais duquel Armand et Virginie annoncent et revendiquent leur nouvelle orientation, porté par une basse de folie et ce rythme entrainant au possible. 69 ajoute à cela une multitude de sons inédits et le chant de Virginie, magnifiquement associé à celui d’Armand, la dualité vocale étant d’ailleurs l’un des atouts de ce formidable duo. Le refrain est de nature à s’incruster durablement dans nos matières grises et les deux acolytes réalisent là une entrée en matière magistrale, qu’ils complètent avec maestria par un Flexy body aux guitares jouissives. La maitrise dans la juxtaposition d’une instrumentation d’une part conventionnelle  (dans la nature des instruments utilisés; jamais, et c’est ce qui honore le duo, dans les sonorités qu’il en tire) et d’autre part plus “synthétique” est remarquable. Mécanique et instinctif, le Novo rock audible ici regorge d’idées décisives et se veut simple en dépit d’une approche nouvelle. Lux, plus lent, offre lui une trame aux légers élans bluesy, Armand faisant étalage d’un registre vocal reconnaissable entre mille qui, depuis Sloy, ne cesse de convaincre et s’étoffer. On y retrouve la mélancolie du trio rennais, puis Rock’n’latex, déjà présent sur le quatre titres sorti en prélude à l’opus, impose ce rythme presque indus de par sa précision, assorti de sonorités encore une fois géniales, étranges, savamment entremêlées, au point que l’on pourrait à l’écoute ne plus distinguer leur “provenance”.

Arrive ensuite Dominatrix et ses “oouuuhh” marquants. Machinal comme la plupart des autres chansons, il entérine la patte 69, aidé en cela par des riffs de…synthé (?), avant qu’un Love excess détendu, distingué, ne s’inscrive au répertoire des réussites jalonnant ce joli digipack. Le panel du duo n’en devient que plus complet et attrayant encore, ce que confirmera l’énorme Mpop 80 x’plosion, vocalement loufoque, saccadé et reposant sur cette trame inédite, faite de sons issus des recherches constantes et inspirées de 69. Un soin tout particulier a été attaché à la production, sans que le côté brut ne s’en trouve altéré, de ces gimmicks ingénieux, et le contenu s’en ressent forcément de façon plus que positive. Ici, un solo de guitare digne d’ Electrelite, fantastique dernier album de Sloy (Armand et Virginie ne pourront m’en vouloir de le citer tant ce groupe s’est avéré influent, et tant celui-ci, d’esprit similaire mais résolument différent dans le contenu, est destiné au même parcours) réjouit nos écoutilles, puis Two vox, animé par ces basses au groove bienvenu et des riffs secs, avec, comme de coutume, ces entrelacs de sons dont on raffole, annonce une fin d’album passionnante. Les investigations soniques de 69 sont porteuses à souhait, et celui-ci se permet de relâcher quelque peu la bride d’un tempo appuyé, sur Vixena. Moins affolé, ce morceau offre ensuite un climat au croisement de l’écorché et d’une option plus doucereuse, permettant la poursuite d’un chemin triomphal. Ce dernier trouvant fin sur un No more musik aussi enthousiasmant que les neuf autres compositions, qui par son contenu et à l’image du titre d’ouverture, annonce la fin du rock tel qu’on le connait, aux profits sans aucun doute du Novo rock géniallssime dont 69 nous régale sur cet album. Album sans équivalent, dont je me permets de dire, sans risque d’erreur, qu’il figurera parmi les touts meilleurs de cette année 2010 et marquera la survenue d’un style nouveau, comme Sloy avait su le faire en son temps.

Superbe disque donc, pour lequel on adresse un énorme bravo, et nos plus vifs remerciements, à Armand et Virginie, sans oublier les intervenants et musiciens additionnels.