Alice In Chains – Black Gives Way To Blue

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Depuis la mort par overdose du regretté Layne Staley en avril 2002, nous fumes nombreux à nous interroger sur le devenir d’un groupe alors au plus mal en dépit d’une discographie incluant entre autres Dirt, chef d’oeuvre de noirceur grungy, ou un album éponyme lui aussi excellent, ou encore un Unplugged de toute beauté, qui à l’instar de Sap ou Jar Of Flies, dévoilait toute la pureté et l’émotion d’ALICE IN CHAINS dans le registre acoustique, la plupart des chansons intemporelles de la formation de Seattle trouvant dans ces réinterprétations un véritable seconde vie.
Depuis, Jerry Cantrell s’essaya à une carrière solo assez convaincante, puis en 2005, à l’occasion d’un concert de charité au profit des victimes du tsunami asiatique, le trio restant manifesta son envie de reformer le groupe. Après certains essais au chant, dont Phil Anselmo de Pantera, c’est finalement William DuVall, ex Comes With The Fall, qui décroche la timbale. Ceci étant tout sauf le fruit du hasard, à l’écoute du chant de ce dernier et de ses similitudes évidentes avec celui de Staley. Et de fil en aiguille, parait, au terme d’une attente que seul un retour régulier à la discographie du groupe pouvait un tant soi peu tromper, ce Black Gives Way To Blue…très solide, voire de haute tenue. Celui-ci paraissant quasi-simultanément, ironie du sort ou du calendrier, avec le dernier Pearl Jam, autre monstre de la scène de Seattle.

On retrouve sur ce disque tout ce qu’Alice In Chains a pu faire depuis “Facelift”, et All Secrets Known nous plonge d’emblée dans dans cet abîme de mélancolie caractéristique de Cantrell and Co, lent et “illuminé” par les guitares inspirées de…Cantrell, justement. A ceci près que sur cet album, et comme semble l’indiquer son titre, le halo lumineux que l’on pouvait entrevoir au détour de certaines compositions de Dirt prend une ampleur mesurée certes, mais à mon sens perceptible. De façon générale, mais surtout sur des titres tels que Your Decision ou When The Sun Rose Again, un peu comme si le groupe se relevait péniblement de l’épreuve que fut la disparition de Staley. Ailleurs, eh bien on trouve, comble de la “joie” (réelle pour l’auditeur bien sur, mais seulement éparse, on pouvait s’en douter, sur les compos d’A.I.C.), une puissance de feu intacte alliée à une rythmique trépidante sur Check My Brain, ou encore son côté massif, assorti de guitares plombées, sur A Looking In View. Puis, sur Acid Bubble, cette lueur d’espoir filtrant de sonorités plus pop…qui laissent ensuite la voie à ces guitares massives, le climat de ce morceau revenant ensuite à plus de sérénité. Car c’est finalement ça, Alice In Chains, et l’on retrouve, indemne même si moins teintée de noirceur qu’au temps de Staley, cette alternance entre les atmosphères, au sein desquelles l’allégorie prédomine mais qui livrent donc ça et là des petites touches moins ouvertement affligées.
Plus loin, Lesson Learned renoue avec ces penchants pour des titres alertes de bout en bout, qu’on avoue apprécier grandement, tandis que Take Her Out produit un peu le même effet sur un rythme toutefois légèrement plus posé.

Enfin, la fin d’album nous livre elle aussi deux morceaux remarquables, à commencer par Private Hell, lancinant et porteur d’envolées vocales et instrumentales dinges des plus grand moments du combo. Le superbe Black Gives Way To Blue mettant un terme à ce nouvel opus sur une note plus enjouée, à l’image donc de son intitulé et de la tonalité générale de ces onze nouveaux titres réjouissants.
Et Layne, de là où il se trouve, peut-être fier de son groupe, dont cette réalisation appelle forcément à une suite de par sa qualité quasi-constante. Superbe retour, point à la ligne, et “A new beginning” comme le chante DuVall sur le All Secrets Known introductif..