ZZZ – Running with the beast

0
953

Quand je vous disais (ou ne vous disais pas…) que les duos étaient les meilleurs pourvoyeurs de qualité.
Il n’y a qu’à voir: KILLS, WHITE STRIPES, BLOOD RED SHOES, SUICIDE pour les plus connus, KAS PRODUCT ou GATECHIEN chez nous etc…nous ont offert ces derniers temps des productions sans failles et appellées à tenir la route un long moment.
Ici, ce sont deux colocs’ venant d’Amsterdam, dont le propos se réduit à une batterie, un orgue d’église acheté 50 euros et un chant entre Jim Morrisson, Jon Spencer et Suicide, qui nous refourguent leurs plans psyché/électro/garage complètement déjantés.
Un climat proche de celui mis en place par Martin Rev et Alan Vega, doté d’inflexions Doorsiennes (superbe orgue sur “Spoil the party“), parcourt en effet cet album et le met parfaitement en valeur, après un début prometteur sur un “Lover” dansant, presque gothique et animé par cet orgue de dingue, omniprésent et obessionnel. On se trouve ici à la croisée de plusieurs chemins et si plusieurs références peuvent être évoquées, à aucun moment les morceaux du duo ne sont trop attachés à telle ou telle d’entre elles, bien au contraire. ZZZ crée son identité, en dépassant la simple originalité que constitue sa…constitution et son instrumentation.
On pense aussi à des BLACK ANGELS un peu plus vivaces, tout aussi planants, peut-être moins massifs (“Grip“), des plans acides basés sur cet orgue traversant régulièrement le disque et contribuant à une partie de sa singularité.
Ailleurs, comme sur “Sign of love“, c’est une sorte de rock’n’roll dopé à l’orgue qui nous est livré, cet instrument faisant de nouveaux miracles sur “Majeur” qu’il anime à lui seul par un plan hypnotique, tandis que le titre éponyme qui suit associe la batterie, et une voix rageuse, aux éléments venant “doper” (le terme n’est ici pas du au hasard…) la chanson.
Dans un registre plus directement psyché, “Amanda” et sa voix de crooner s’avère être une jolie surprise, de même qu’un “Islands“..dépaysant comme son titre pouvait l’indiquer, qui clot cet opus captivant.
Avant cette fin d’un excellent niveau, “Loverboy” induit un chant quasi funky puis qui se fait plus menaçant ensuite, sur fond d’orgue léger. “Movies” fait ensuite dans le saccadé (et devinez quel est l’élément qui fait ici encore la différence), “Angel” faisant lui la nique à Depeche Mode ou encore aux groupes techno-pop ou plus “dark” de ces trois dernières décennies.
On se rend donc compte que “Running with the beast” ne contient que de très bons titres, très stylés, indomptables, et une certaine variété stylistique. Et cette diversité, qui a pour fil conducteur un esprit atypique et des fulgurances, fonceuses ou plus posées, à l’orgue, ne nuit aucunement à la cohérence trouvée sur cet album, et par conséquent encore moins à sa grande qualité.
L’un des disques de cette année, pour ma part, en attendant bien sur ce qui nous tombera dessus en 2009. Mais à l’arrivée, celui-ci, rien que par son côté unique et abouti, se situera forcément en bonne position.