C’est à la préparation de son nouvel album, planifié pour mai et chez Bureau B, que Kreidler s’est donné le temps de fouiller dans ses archives de Düsseldorf et Berlin, en tirant ce recueil de quinze titres au spectre large et saisissant. Beginn / Drücken, d’ailleurs, mêle touches jazzy et chaloupe exotique zébré de sons inédits, créant d’emblée le dépaysement. Café dello Sport, dans l’élan, plantant un tribalisme climatique. L’attrait est certain, la différence assumée. Glashütte Gerresheim, en 27 sec’, se répète obsessionnellement. Puis le dub rythmé de Charles Wilp fotografiert Muhammed Ali, martelé, fait lui aussi forte impression. Flames lui succède dans une trame électronica barrée, Tierfilm prend des airs cinématographiques un brin orchestraux, lunaires et merveilleux. Das Wilde Heinefeld n’en fait pas moins, aérien et légèrement syncopé. Il se jazze, cuivré avec marque. Angst, trépidant, accroit encore le champ. Une voix allemande s’y glisse, bienvenue.

Die Sexy Antwort auf Beige, entre douces saccades et ornement volant, s’illustre à son tour. Anti-Car, obscur, aussi. On note l’ingéniosité des sons, des textures, de l’approche. Soft Niveau et ses motifs récurrents le démontre, suivi d’un Boccia armé des mêmes atouts. Sportfläche, dans une brume dont s’échappent des bruits dérangés, adopte des abords psychotropes. La cadence de Bikini le porte ensuite, à l’unisson avec ses soubresauts et sa parure évidemment originale. Kreidler poste là un ensemble génial, que Im Betrieb (IV) ferme avec, flottant, ses atours jazz décalés. On louera par conséquent Bureau B, connu pour ses judicieuses ressorties, d’avoir initié celle-ci.
