Canadien, instrumental et un peu mental aussi, en termes de rendu, En route, boys unit Alexandre Gariépy, Marc-Antoine McMullen et Clément Desjardins. Lesquels, affairés à défricher, cherchent à donner une résonance québécoise à la «Cosmic American music», particulièrement dans ses déclinaisons «jazz-ambient» et kosmiche. Vaste programme me direz-vous, mais création de choix que ce disque éponyme valorise à l’occasion de huit pièces nocturnes, étoilées, bleutées et reluisantes, déviantes itou. Sapporo (1L) donne le ton, son jazz flotte dans les cieux et ouaté, instigue une première virée cosmique du plus bel effet. Le psychédélisme céleste du morceau opère, saccadé, traversé de sons trippants. Muted California sunshine, électro-jazz/lo-fi d’abord, complète la palette avec autant de prestance. Saxophone aérien, éthéré variable, synthés planants font bon ménage. Confusion-collision, martelé avec souplesse, frémit classieusement et s’enrobe de sons dark. Superbe. La feutrine déviante des bonshommes séduit, erre et se perd jusqu’à nous gagner. Outremonde emballe alors le tout, vivace, sans trahir le cosmique prenant et « relu » du groupe.

©Paul DiGiacommo
Sur le deuxième versant Jesus, boxer, un brin funky, pousse l’investigation. Il déverrouille les bassins, fusionne dans un entrelac de notes captivantes. Le dépaysement est total, En passant (bienvenue-demain-peut-être-que) d’intitulé loufoque sème à ce moment un canevas serein qui d’un coup s’agite, dans un coton jazz hybride et animé. On peut dès lors capituler, la singularité d’ En route, boys nous y oblige. Wise men fish here chloroforme son homme, doté de voix « cinémato » ainsi que d’une atmosphère hautement immersive, aux ruades retenues. L’heure d’été met alors fin à l’épopée, lentement, dans la nuit. Il reluit, vaporeux, pour border une collection dont l’écoute vous emmènera dans un délicieux ailleurs.
