Actif chez Coming Soon, et pas seulement, BEN LUPUS s’essaye depuis La Beauté du jour (2020) à l’effort solo, qu’il accompagne de somptueux livres de textes et d’illustrations, réalisés seul et redevables autant aux comics underground américain qu’à l’art outsider ou l’enluminure médiévale. Ici, à l’occasion de ce Y Roille (« il pleut » en patois savoyard) minimal, l’artiste affairé privilégie le dépouillé, au plus près du vrai, de l’aspect démos guitare-voix qu’il capte sur son téléphone quand il vient de terminer une chanson. Lacustre (reprise), en ouverture, conjugue chant paisible, évocation et field-recordings qui dans le lieu ancrent les créations. Le titre est bref, après lui se présente La terre tremble et sa lo-fi accueillante. Ses aventures, de vie, sans retour en dépit des détours. Alors Tristesse prend place, dotée de « ouh-ouh-ouh » insouciants. Et de vocaux à deux, crois-je, qui magnifient le ressenti. Feulatière, clair et gazouillant, erre brièvement et joliment. L’instrumentation élargie et « home made » s’illustre, boisée, de verdure et de grenier. Thésée, sécure, nappé de petits sons qu’on garde en poche, inquiète comme il enchante. Les mots là aussi attirent, font voyager, de pair avec des sonorités troublées.
Y Roille se met tantôt à poil, se dévoile, tire le rideau et ici et là, le bruit, le frémissement se font jour. Jour Parfait, loin du surfait, se fait oiseau. Sa folk vaguement country reluit, écouté tout en arpentant son bouquin Y Roille retient captif. Brouillard du Rhône, psyché, distingué, vacille non sans grâce. Zone Humide lui succède, ses sons de l’environnement l’avantagent. La crue, bien paisible rapporté à son intitulé, s’obscurcit tout en narrant. L’imaginaire est sollicité, il a là de quoi s’évader. Ascagne, de flûte trippante, expérimente. Se grise, presque se brise. Rien d’autre que ça, à l’heure d’en finir, poste une petite minute de délicatesse folk, en conclusion d’un disque immersif où formats sans trop d’ aspérités et efforts plus déviants cohabitent sans dommages.


