Repérés en 2023 par Raphaël Balzary, l’ex-chanteur de We Hate You Please Die, les trois rouennais de Dirty Cloud de plus en plus impressionnent, pas même majeurs enfin j’avoue ne plus savoir et peu importe tant leur maturité saute aux oreilles. Ce deuxième EP/album, porteur de neuf titres où le grunge le dispute au grindcore bref ou encore au shoegaze sous l’œil torve de la noise et pas seulement, les sacre. Si Soft Machine, brumeux, lo-fi et intriguant, désarçonne pour amorcer le tout, on a dans l’élan un Tiny Shoes Cause Blisters catapulté du plus bel effet. Sauvage, au chant à la Sloy par moments si si si, ou encore Crocodiles mais de Strasbourg, eux ! Littérature beat et cinéma de Cronemberg irriguent le truc, en termes de références, et distinguent les bonshommes normands. Après avoir tracé le titre retombe, si je puis dire, sans perdre en impact et encore moins en folie. Lymbic System, grunge sous perf’, Butthole Surfers dans l’enrobage, fait mouche à son tour. Fichtre! Dirty Cloud, sans sourciller, fait la nique aux plus grands.
Straight Men, balafré, distille du soufre. Ses guitares griffent, résolues. Le concurrent peut trembler, Stimfapping au taquet lui saute à la gorge et se refuse à desserrer l’étreinte. Garage et éructé, wild et groovy, il assène le style Dirty Cloud. Les voix virent black (métal, et ouais!), puis c’est la fin. Une minute vingt-sept, pas plus, et nous voilà cloués au sol. Skin Crawling à cette heure commence vaporeusement, il semble monter sans hâte en puissance. Le panel des gaillards est ouvert, tenu aussi. La batterie à intervalles réguliers castagne, avant un geyser massif que l’organe perfore à l’unisson avec des guitares polissonnes et qui sonnent. Jamais figé, souvent changeant et ce avec brio et aplomb, New Flesh régale. Skin Crawling termine en trombe, étourdissant

©Charlotte Romer
Quelques remous plus loin 777555/Scum, filant, rajoute une dose de dinguerie en plus. Dirty Cloud fait tout bien, se permet des variations de maestro, use de son jeune âge pour faire des ravages. Travis The Chimp, soniquement lancinant, enfièvre encore l’album. Le chant mue, lui aussi marque son monde de manière durable. Avec grâce et subtilité Garmonbozia termine alors l’ensemble, se répétant jusqu’à friser l’ambient. Sans œillères ni parade, loin s’en faut, Dirty Cloud signe là une sortie de nature à susciter la jalousie, m’évoquant tout à la fois Psychotic Monks pour la largeur du registre et Mutha’s Day Out pour la maturité affichée.
Dates live:
11/02 Paris : Le Chinois
17/02 Rouen : Le Fury Défendu
21/02 Bordeaux : Le Café Pompier
