Fondé en 1978 par Adi Newton, ClockDVA voit ici son White Souls in Black Suits, paru en 1980 – en cassette- sur le label de Throbbing Gristle appelé Industrial Records, réapparaitre en vinyle et CD, remastérisé, agrémenté de quatre bonus issus de l’époque concernée. L’indus large du projet londonien y est valorisée, Consent lui donnant pour débuter des airs jazzy alertes et très libres de tons. L’accroche est crée, forte, et les vocaux y contribuent. Discontentment, plus lent, griffé par ses guitares, adopte une ambiance obscure. Le panel s’étend, des sons de flute s’incrustent. Le dépaysement guette, magnifique, torturé. Discontentment 2, plus tumultueux, le pousse. Indus en syncopes, vociférées. Still/Silent, en phases hantées, suit en provoquant lui aussi une attirance, matinée de déviance, forte. Ses spirales réitérées, ses chants hagards marqueront l’écoutant. Non, dans la foulée, expérimente au gré de poussées zébrées, jazz et soniques, qui déroutent et ailleurs emmènent. Relentless de son rythme alerte, sur fissures brutes, complète la réédition avec panache. J’y entends, tantôt, Bauhaus. Contradict, dont les ruades elles aussi désarçonnent, part en vrilles. White Souls In Black Suits est passionnant, gorgé de détails décisifs. Film Soundtrack (Keyboards Assemble Themselves At Dawn), sur plus de huit minutes, fait parler son intitulé. Craquelé, atmosphérique, angoissant, il enracine l’approche de ClockDVA.

Plus loin Anti-Chance (feat. Cabaret Voltaire), forcément typé par la présence de l’illustre invité, largue des plans sombres, presque psyché, qui malmènent la psyché. Brigade, post-punk, cuivré come à l’habitude avec goût et liberté, fascine quand vient son tour. Album majeur, White Souls In Black Suits impose largesse et absence de compromis. Cage, de durée étirée, lui assigne des airs aériens, légers, dont le fond menace. Il s’agite d’ailleurs, dans un bruit d’ailleurs. No. 2, avec ses voix étouffées, prend le relais en se développant lentement, jusqu’à délivrer un indus au décor bigarré. Ce disque s’écoute sans faim, à chaque passage surgissent de nouvelles surprises. Lorsque You’re Without Sound le clôt, cold, indus bien sûr mais sans la norme et post-punk d’alors, possédé, il est donc logique que le besoin de le rejouer prédomine sur toute autre option envisageable.
