Celui-là je suis passé à côté, fort heureusement la patrouille pardon la promo m’a rattrapé au coin du bois amienois. Merci à elle, The Selenites Band vient de ma ville et j’ai pu les voir au Chaudron, en septembre 2023, pour un joli moment. Curieux, chercheurs, expérimentés, les Picards défrichent l’éthiojazz. Journey on Az Ma’ar Moon s’y attèle donc, le cosmique Behind Az Ma’ar PART I l’ amorçant dans un jazz mutant pensé ici comme un voyage sur une lune imaginaire. On en trippe, logiquement, quand le fier second The new man encounter déploie plus de sept minutes feutrées mais animées, en direction de l’inexploré. Sax et flute, frémissements mondiaux, touches d’une guitare racée. Percus dépaysantes, un racé prêt à s’enflammer et c’est bel et bien ce qu’instaure le terme du morceau. Mez’Kæl Blossom suit, se découpant dans ce même velours loin du figé. L’unisson est audible, j’aimerais toutefois qu’il se fissure davantage. Qu’il noise, batailleur. Ici c’est plutôt between the stars, et Behind Az Ma’ar PART II le démontre en flirtant avec le hip-hop, que la clique se dirige. Reconnaissons-le, ça ne manque pas d’attrait.

Moka minor circus, free et comme ivre, titubant magiquement, prend la tangente. Il breake, nuageux. Les sons dévient, j’apprécie. Il existe sur ce Journey on Az Ma’ar Moon un fourmillement d’idées, des méandres captivants qui font le sel de l’ouvrage. Ride the Penrose way groove sous sa basse, celle d’un Leeroy aux quatre cordes que les camarades épaulent en tissant une trame chaloupée, acidulée, spatiale et spéciale, éloignée de la norme. Ca se danse easy, avec ce soupçon dé préciosité due au fait qu’en l’occurrence, on se trémousse sur du décalé. Ælem’ïe déroute à son tour, serpent musical. J’aurais claqué une voix moi, perchée, dans ce patchwork à la saveur de reviens-y. Un peu comme Ukandanz, pour situer. Mais c’est pas moi qui commande, quelque part tant mieux et quoiqu’il en soit, The Selenites Band se suffit à lui-même.

Sur la fin mais pas encore Theïa, psyché jazzy, largue une effluve bien sentie. Behind Az Ma’ar PART III, le dernier de la trilogie, aux percus en vue, s’élève dans un cosmique magistralement joué, se refusant à redescendre. Il trouve son terme haut; je songe tantôt, pour l’aventure, au Blackstar de qui vous savez. Tycho’s Gate, ultime livraison, fait alors gicler un funk sautillant, aussi terrestre que céleste, offensif comme peaufiné, en guise de dernier pas sur la lune. C’est dans cet osé débridé, cette énergie sauvage et hybride, que je plébiscite les auteurs du disque en présence.
