Lindsay Anderson vient de l’Illinois. Plurielle dans ses activités, elle tisse musicalement des trames fines, méditatives, que ce Forgiving étale sur douze titres peaufinés. Sur des thèmes tels que l’ Amour, l’identité artistique, les dynamiques de pouvoir (vaste sujet…) et la féminité revendiquée, la Dame dessine un album inspiré par l’histoire d’amour surréaliste entre Leonora Carrington et Max Ernst, que Last Show ouvre dans une distinction mélancolique, au ralenti, que la batterie effleure. Le contenu est beau, sensible. De mon côté je reste frustré, en amateur d’écorchures soniques. Elles s’esquissent, frémissantes, sans toutefois imploser. Il n’empêche qu’à l’écoute, l’opus déploie de la grâce. The Wolf, trip-hop sans hâte, tire profit d’une instrumentation élargie. AWOL, élégamment assombri, fait de même. Transmitted to the Underworld, jazz-folk dirai-je, étend la prestance sonore et stylistique de ce disque qui s’il me fait tantôt bâiller, en séduira bien d’autres. Recollections, céleste, s’envole gentiment. Son rythme en sa fin l’anime, puis No Place For Me de son déroulé obscur poste là ombrage et beauté vocale.
A l’occasion du deuxième versant Down Below, au cuivré classieux sur guitares mordantes et là j’adhère, dévie superbement. Map Room, boisé, suit dans des flous vocaux saisissants, des textures brouillées du plus bel effet. Less Scared, épuré, revient à une teneur plus posée. L’approche est évidement existante, la poignée d’écarts qui parsèment l’album en augmentant la portée. Release Me, à la cadence aussi affirmée qu’effacée, vivifie l’ensemble. J’en aime la rudesse, cerclée de patine. La déviance, racée mais réelle. Narcissus, après ce passage marquant, privilégiant des abords tranquilles. Wild Love vient alors conclure, saccadé, entre emportement et retombée, cet ouvrage qui j’imagine, écouté maintes fois, parvient sans peine à ses fins mais paradoxalement, me laisse quelque peu sur ma faim…

