Paru en 1997, le Retro Transmission renait, bien que déjà ressorti auparavant, via Cleopatra Records. On en cueille sans délai, à nouveau, toute la folie. Intro: Chili Con Carnage, à l’amorce brumeuse, vire au kraut vrillé sur riffs secs. Artificial Human, pas plus raisonnable, lance une trame psyché complètement hallucinée. Truffé de voix-fantômes, de sons en liberté, le morceau dévie et illustre bien la démarche de Chrome. Sirius System, après, se saccade sur des loopings givrés et assez vifs. Chrome est inqualifiable, mais a contrario très fiable dans son choix de ne pas se conformer. More Space, indus rachitique, punk et taré, le démontre. L’éponyme Retro Transmission, sur plus de dix minutes, impose une embardée spatiale. Il flotte, se hache, laisse des sons psychotropes filtrer. Reoccuring dreams, d’Hüsker Dü, me vient alors à l’esprit. Aratus, fouillis alerte et addictif, prend le relai. L’entrelac sonore est de mise, tous genres confondus.

Judicieuse, la réédition met tout le monde d’accord. Phobeus y développe un canevas presque prog mais bon, point trop n’en faut! Il hypnotise, trituré. Chrome n’en fait qu’à sa tête, ça lui réussit incontestablement. C’est sa ligne « directrice ». Saint Jimmy’s Birthday, d’un bouillon noise et je ne sais quoi d’autre, le maintient dans le chaos. Son bruit s’amplifie, puis Mithras et ses 8.06 dépaysantes, d’orient ou pas loin, clôt la partie compos. Trois relectures sont alors livrées; Here Come the Warm Jets (Brian Eno Cover) pointe la première et se fait d’emblée Chromeiser. Même verdict pour Moonchild (King Crimson Cover), touchant, et le terminal Pigs On The Wing (Pink Floyd Cover), fait maison, sobre et sensible, en épitaphe d’un disque qu’il serait bien dommage de ne pas posséder.
