The Psychotic Monks « Pink colour surgery » (Vicious Circle/FatCat Records, 3 février 2023).

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Au monastère sonore les Moines, plus que jamais Psychotiques, en reclus d’un genre qu’ils s’évertuent à creuser dans le flux d’une expérimentation riche et déroutante, se refusent à tout traitement, laissant libre cours à leur psychose. Celle-ci prend forme(s) dans ce Pink colour surgery qui oscille entre morceaux variables et traits d’union barrés, courts, de teneur déraisonnable. C’est d’ailleurs (Pre-Enter) qui le premier, sur environ trente secondes fantomatiques et triturées, libère un entêtant, groovy et post-punk mais loin de s’y cantonner, Post-Post-. De décharges sonores en rythme marqué, voilà un début qui persuade. On y breake, on y signe des bruits dérangés. Le fracas survient, cerné de stridences. Les quatre bonshommes, et ça s’entend, se parent de sinuosités pour le moins hérissées. Magique. Gamble and Dangle, psyché et céleste, lance un chant songeur. Avec, autour, des nappes à l’angoisse, à la déviance, qui s’immiscent dans nos écoutilles. Et pas seulement car c’est la santé mentale, dans son entièreté, qui est ici attaquée. Sous couvert, vous l’aurez pressenti, de brio dans l’investigation. Le morceau grésille, se saccade, dans un genre qu’on ne peut précisément situer. (Bird’s Part) fait le lien, sur 77 secondes de brume qu’ornent des sonorités, ainsi qu’une voix chuchotée, qu’on ne peut que remarquer. C’est pour mieux initier Crash, d’une électro froide, remuante et susurrée, psychotrope.

Je suppute, allez savoir pourquoi, l’implosion. Ca monte en pression, sans trop de hâte. Du coup, c’est encore plus immersif. Et voilà qu’un rythme…kraut? -je ne sais pas, toujours est-il qu’il fait mouche-, anime le titre. Dans le même temps, des torchées bruitistes arrivent. Le déluge est énorme, délectable à auditionner. The Psychotic Monks frappent fort, c’est le moins qu’on puisse dire. Le chant s’emporte, à lier. Produit par Daniel Fox (Gilla Band et ça aussi, c’est de bon augure), Pink colour surgery va trouver son rang, sans qu’on puisse s’y opposer, dans le haut des classements indés. Il l’est d’ailleurs, tant dans ses labels que dans son label. Imagerie, dans une sorte de drone dont s’extirpe un chant apaisé, des encarts vaporeux aussi, le fait retomber sans toutefois l’assagir. La qualité, elle, persiste. Obstinément. (88) est free, indus; il sert de chasse-neige à Décors, à la voix mélodique magnifique. Plus de huit minutes de séduction, de vice classieux, à l’élan brisé par de fines et hirsutes incrustes. Il y a du Sonic Youth là-dedans, mais depuis ses débuts et tu le sais lecteur, The Psychotic Monks ne doit pas grand-chose à pas grand-monde. Diantre, voilà des assauts cuivrés! Qui, je le savais, lacèrent l’horizon. Et c’est trop bon et puis le chant, histoire d’en rajouter, flirte avec le fou. Pire, il l’épouse.

(Gestures), de ses cloches qui désarçonnent, suit. Bref, car interlude, il laisse place à All That Fall. Noisy, le morceau s’aventure jusqu’aux 600 secondes, enfin presque. Il tempête, riffe bruit, entre en éruption de lave délavée. Magistral, et indomptable. Chez Vicious Circle, m’est avis qu’on se frotte les mains. La boutique, déjà éloquente, accueille un nouveau fleuron. All That Fall se fait plus doux, en son mitan. Puis sa fin, brute, laisse l’auditeur sur le flanc. location.memory enchaine, comme fait de collages. Indus, enfin je crois, il s’offre un chant épars et des sons à nouveau en marge. Au départ ça déconcerte, à l’arrivée ça se loge dans le crâne. Mental et expérimental, l’opus passionne. Hors-champ, il prend fin sur (traP s’driB) et ses 52 secondes de maladie brouillardeuse, exigeant maintes écoutes avant qu’on puisse en tirer l’entière quintessence. L’abbaye toute entière, conquise, applaudit alors à tout rompre l’inégalable effort de ses résidents.