Atsuko Chiba « Water, it Feels like it’s growing » (Mothland Records, 20 janvier 2023).

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Atsuko Chiba, de Montréal. Des structures complexes, en spirales, en bataille. Des sons impolis, qui fusent de partout. Des textures riches, passionnantes. Ca fait 10 ans que le gang est à l’oeuvre, sur le plan discographique. Il est rodé, c’est audible. Il erre, sans s’y perdre, dans des méandres qui auront tôt fait de nous capturer. Water, it Feels like it’s growing, sa nouvelle fournée, les enfourne sur sur six titres qui s’étirent, se déchirent, se saxophonisent superbement à l’occasion (So Much For, véritable épopée). On entend du psychédélisme, du rock en guerre, du post qui passe comme une lettre à la poste. Sunbath, enciélé, ouvre la marche. Syncopes de batterie, éclairs des instruments. Voix céleste. Ca transporte. Dans la resplendissance, l’horizon se trouble. L’orage éclate, amorcé par un panel merveilleux. D’emblée, on se fait choper. So much for, nommé plus haut, assied le style de ces cinq-là, foutrement doués. Un Brin de Suuns, parfois, s’imprime. Mais le constat est une évidence; Atsuko Chiba laboure sa propre terre. Les voix s’allient, criantes. C’est bien trop bon.

Shook (I’m Often), troisième de six, débute post. Sans le rester, sans faire dans le figé bien entendu. Les synthés sablent les yeux, le chant également. On flotte, dans l’espace. Je sens, je guette même, la rupture. La retenue persiste, mais de bons gros coups de canif surviennent. Dans le même élan, ça reste si beau. Seeds, bien semé, rêve sur plus de sept minutes. Fin, il s’habille d’envolées plus bruissantes. Link le suit, trituré, avant d’imposer une cacalcade nourrie. Vocalement déchiré, strident et dément, élégant, voilà un énième trésor sonore. J’en profite d’autant plus que pour moi, c’est une totale trouvaille. Water, It Feels Like It’s Growing, éponyme donc, servant pout finir une pop de charme, presque Beatles, qui longtemps se vautre dans le mélodique de choix avant, judicieusement, de quitter les rails. L’affaire est pliée, Atsuko Chiba se révèle à mes oreilles avec, gros avantage, un opus de qualité imprenable, audacieux sans verser dans l’inaccessible, de la meilleure des étoffes.