Fragile Figures « Anemoia » (Araki Records/KdB Records/Atypeek Music, 14 octobre 2022).

0
899

Le duo Fragile Figures, j’en avais déjà jacté ici, pour son premier jet. Je recommence là, attrapé par son Anemoia et ses sept figures dont on ne sait plus si elles tiennent de l’électro, de l’indus, de la noise, du cinéma ou encore, aïe, du post-rock. Bon, cessons de suite tout essai par trop vain; Fragile Figures malaxe la matière au point d’obtenir la sienne, déroutante, qu’on pourrait laisser de côté s’il n’avait la superbe idée d’y inclure, issues du 7ème art, des voix qui en renforcent sérieusement l’attrait en donnant du relief à des trames instrumentales aussi fines qu’abruptes. L’impression survient quand The Collapsing Parts I & II, sur près de dix minutes, se syncope et se déclasse, stellaire, bourru aussi, d’une peau inconnue. Il breake, puis gicle derechef. L’absence de voix, le tout-instru, j’ai tendance à m’en écarter. Heureusement celles de Coded In Your Blood, qui suit sur des ruades cold bonnardes, me remettent dans de bonnes dispositions. C’est là, dans son aliage entre voix porteuses bien qu’ « irréelles » et vagues de sonorités travaillées, que la paire s’illustre. Habituée aux projections, elle ne fait pourtant pas son cinéma. Elle s’affaire, toute entière, à poser sa pierre.

Pulsar, dans les mêmes convulsions que les morceaux d’entrée, impose à son tour ce dosage, savant, entre les orientations. On dira noise, histoire de résumer et surtout, par paresse car Fragile Figures, c’est un fait avéré, poursuit sa route bien au delà dudit genre. Alkaline Cloud avance par boucles célestes, en rafales de fausse batterie, dans une lancinance pour le moins agitée. S’il a trouvé son identité, ce que l’on ne peut nier, Fragile Figures exige l’assimilation. Noar et sa basse late 70’s instaure un fracas, épais, opaque. Trouble Screen se fait plus aérien, on y entend et là j’approuve, de nouveaux chants venus des écrans. L’histoire s’écoute, de pair avec le son. Le second volet du morceau gagne en puissance, sans pour autant se désaper d’abords spatiaux. Enfin Mute, après une intro brumeuse, progresse comme à tâtons. On court tout de même le risque si je puis dire, si on reste en phase, d’une jolie dose d’adrénaline doublée d’un sentiment de nouveauté. Ce qui, par les temps qui courent, suffit à ce qu’on fasse l’effort de saisir, tout entier, ce disque ardu à capter, certes, mais de teneur singulière et hautement estimable.