Marka « Voodoo Belge » (AT(h)OME, 3 février 2023).

0
882

Du label AT(h)OME, connu autant que reconnu, large, je plébiscite avant tout Lofofora. Et Sleeppers, qui n’en est plus. Et n’est d’ailleurs plus. Avant de recevoir Voodoo Belge, le nouvel album de Marka, je n’en connaissais rien. Attiré par son titre, je suis passé à l’écoute et si les envois précédents d’ AT(h)OME me laissèrent mitigé, celui-ci pourrait en partie changer la donne. Le bonhomme, de sa palette ouverte, délivre en effet une treizaine de chansons aux histoires qui intéressent, en plus de se parer d’instrumentations inspirées. Marka a la chance, et la bonne idée, de séduire de suite. Penelope Cruz, d’un blues-rock aiguisé, ne rate pas la cible. Racé. Et puis le chant, en Français, honore notre langue, lui donnant là une place qu’elle n’usurpe pas. Un vieux rocker, s’il se fait plus country, renvoie une valeur similaire. On tiendra compte, là encore, de récit narré. Puis les voix alliées d’ On ne peut pas (feat. Greg Zlap), sur des tons à nouveau blues rude, se greffent à un jeu inspiré pour faire pencher la balance du bon côté. J’entends, dans les voix, dans les texte, un soupçon du regretté Dominic Sonic. L’harmonica déboule, bien mis.

Après cette bonne amorce Ouvre la porte, dans l’amour éploré, se fait doux. Trop pour moi mais il a le bon goût de se raidir, un peu, tout en gardant une certaine brillance musicale. C’est un fait constant, sur Voodoo Belge. Ca l’élève bien sûr, Obsoleta vire reggae, hispanisant je crois, avec panache lui aussi. Cuivré, comme il faut et sans trop en faire. Ca me rappelle, par effluves, Mano Negra ou les Négresses Vertes. S’agissant de références, on n’est pas mal placé! Such a boy, ode au fils, sert des mots sincères et, bien que posé, sans nerf, fait preuve d’éclat. La Solution suit, plus remuant. Un tantinet funky, joué à l’instar du reste avec une belle pelletée de savoir-faire. On le fera ensemble, ensuite, galope et laisse des vocaux féminins le sertir. Cuivres, encore, et allant bien vu. Marka s’enfougue; il entrevoit avec l’autre, ensemble donc, un monde meilleur. Ou « moins pire », comme dirait celui qui massacre sa langue.


Photos Yann Guitton

Je positive, comme pour confirmer mes dires ou plutôt les siens, confirme. On se sent fort, quand bien même tout va mal. Ca fait pas d’mal. Mr Je sais, folk mais animé, singe le savant. Celui qui, né avant toi, né avant moi, né avant lui, gave tout son monde. Voodoo Belge perd en vigueur, mais pas en qualité. Le morceau accélère, d’ailleurs. Amour Boxe, sobre, vaut par son ornement. Mais percute donc, Marka! Je vais décrocher, à ce moment précis la classe de Link Wray, ses giclées éparses, me rattrapent. Et c’est parti, le titre s’envole. Merveille. Surfy oui, mais rugueux aussi. Alors que Pauvre type (feat. Art Mengo), sans exaucer mes voeux de puissance, termine dans la beauté de son décor. Faisant de ce Voodoo Belge un disque concluant, sans erreur notable, que j’aurais pour ma part complété d’une brochette de morceaux plus mordants.

Précommande Marka