Allumette « Joyeuses fêtes » (Autoproduit, 19 décembre 2022)

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Allumette, nichée à Moncton, New Brunswick, joue ce qu’elle définit comme étant de l’acadian french moth pop. Ca intrigue, Rodrigue! Depuis 2012 elle sème de l’étrange, dans le texte comme dans le son et Joyeuses fêtes, sa toute dernière parution, ne se range pas plus que le reste. On se fait « bercer » », dans le sombre et d’entrée de jeu, par une voix acadienne aux textes décalés, sur fond de goth illuminé, décharné, que ses sons éclairent comme ils peuvent le griser (Au fond du puits). Ca prend de suite, si tu aimes la non-convention. La lumière aux yeux (Joyeuses fêtes), sans plus se définir, réitère cette folle fantaisie, sobre mais créative dans ses abords, au verbe imaginatif. Ca démarque sensiblement l’artiste, qui par ailleurs à la bonté de mettre ses opus à prix libre, sur son Bandcamp. J’en tirerai profit, sans plus attendre, à l’issue de mon écrit. Pour le moment, la fête vire à la défaite. « Une caisse de biére, Dla vodka, Un gros mal de tête ». Poèmes désenchantés, ton guilleret, pluie de notes entichantes. D’Allumette, on cramera tout la boite. Goudron, serti de cold, m’évoque les trames d’un Young Marble Giants. Des saxos déchirés le traversent, ses synthés le nacrent. On relève, une fois de plus, ces mots d’une réelle portée, qu’il faut aller chercher. Sorcière se syncope, un tantinet exotique. Broderie de synths, voix détachée, nul besoin de plus pour faire son effet. On poursuit avec joie, Un jeune écarté désillusionne. « Ta lueur s’est perdue comme le reste. Atténuée au fil du temps. On t’a vu noyé dans la bière. Devant ton appartement ». Elitisme, puis éthylisme. Tout ça, dans des décors froids de préférence, à l’enrobage adroit.

Mais Prudence! Il y aussi, ici, de la brume de pop. Cold, un peu Disintegration. Sauf que le chant, là, se fait bien plus « espérant ». (La fontaine à l’aube), en intermède léger, s’envole. Interrupteur, goth-cold, s’agite. Offensif. Il se pare, on ne peut qu’encore et encore le souligner, d’écrits en marge. Superbes, dans leur déviance. Allumette te fera craquer, de ses dix jets que La folle fiole (Djâble), cold lui aussi, à la cadence sèche, complète dans une étoffe derechef inspirée. La trouvaille -c’est en trainant sur Bandcamp, en quête de zik d’ailleurs, que je l’ai dégotée- mérite largement qu’on lui refile quelques ronds. Bien plus vraie, bien plus creusée que la plupart des productions en vogue, elle trouve son terme avec Goudalie. Une ultime chanson d’un floral vénéneux, déclinée lentement, qui s’habille de calmes spirales. Joyeuses fêtes, ni trop joyeux ni trop festif, incite en tout cas, un peu comme les frangins de T21, à la Fête Triste. Allumette étonne, dénote et récolte mes bonnes notes. Son Soleil du gouffre, lui aussi et entre autres sorties délicieusement dingotes, vaut le détour. Ma louage est finie, j’opte alors pour l’acquisition en vous laissant, lecteurs et lectrices, le libre choix tout en sachant que les écoutes vous persuaderont de léguer une poignée de caillasse à cette Allumette gavé vertueuse, au sujet de laquelle bien peu d’infos filtrent.