Cheval de Frise « Cheval de Frise » (Réédition.Computer Students™, 18 novembre 2022).

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C’est d’abord en 2000, suite à la rencontre entre un Thomas Bonvalet encore actif sous drapeau L’Ocelle Mare et Vincent Beysselance, batteur issu du groupe Tomy, que nait ce disque éponyme. Un effort contraire à la norme, amputé de chant, qui tient « tout juste » en la juxtaposition d’une guitare classique amplifiée, tenue par Thomas qui fut aussi et avant cela bassiste chez Amble (noise), et du drumming pieuvresque de son camarade. Une formule assez magique, compte tenu du rendu qu’on pourrait situer entre le post-rock, le math-rock et les ruades sonores d’un Sonic Youth sans que Cheval de Frise n’ait de compte à rendre à l’un ou aux autres. On est en phase, aussi, avec le post-hardcore ricain des 90’s mais je le répète, le paire bordelaise est sans équivalent. Sa galette, ressortie en cette fin d’année par Computer Students™, invente autre chose. Connexion Monstrueuse Entre Un Objet Et Son Image, entre jeu acoustique de fougue bien mise et batterie catapultée, désoriente déjà et volontiers, on se laisse embarquer. Le tout se raidit, griffe, change de braquet à l’envi. Diantre, jamais entendu ça! Noblesse de l’échec (1), une réussite qui fait taire son nom, s’agitant à son tour dans cette même veine qui pourrait, aussi, s’appeler folk-indé mais notez-le bien, sans raison aucune. C’est Cheval de Frise, point-barre, et ça rue dans les brancards.

Ca va durer treize chapitres, attachez vos harnais! Singulier, Cheval de Frise groove sauvage, frappe avec agilité, attaque rude mais n’oublie pas d’embellir ses notes. Energique, en convulsions faites d’un bel unisson, le disque suinte l’identité. Langue hastée, bien que court, laisse sa batterie se hacher, la guitare saturer l’espace. Lundi deux mars, on s’incline comme le reste de l’année. Le propos retombe, en vigueur, avant de sombrer dans une tranchante subtilité. Le son que dégote Bonvalet, instrument en main, le décale ostensiblement. C’est tant mieux, le bazar est furieux et l’impression plus que favorable. En ces temps-là de toute façon, à « Deauxbor » comme ailleurs, la scène hexagonale florissait et bourgeonnait de formations en marge. Incliné et chenu, Cheval de Frise fait dans l’urgent, bruisse, part en syncope, verse dans le psychotrope. Ca fait du bien, le plus grand bien, de les retrouver derechef gravés. Même leurs titres, de par leurs noms, les placent dans l’ailleurs. Les canaux sont ouverts, les moustiques meurent, le monstre disparait.

Les deux complices, eux, enfantent du merveilleux. Ils partent en vrille, pour toujours se redresser. Le virage est serré, la route sinueuse et captivante à emprunter. Alors on suit, on se cramponne et à l’arrivée, on adhère dur comme fer. Mille courbettes messieurs, vous méritez grave! Le vestibule de lâches, tempétueusement harmonieux, aborde la fin sans nous laisser sur notre faim. Il breake, se retient pour ensuite boucaniser (entendez par là, produire du boucan et ce, sans trop de ménagement). Sa retenue ne tient pas longtemps, il y a chez Cheval de Frise une franche tendance à dégommer le paysage. Noblesse de l’échec (2), dans un fracas de nature à tantôt s’élaguer, s’affiner dans la brièveté, finissant sans chaines un album assez magistral, d’autant plus valable qu’on peinera à lui trouver un semblable.