Nina Hagen « Unity » (Grönland Records/Pias, 9 décembre 2022).

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Depuis VOLKSBEAT, en 2011, Nina Hagen ne s’était plus manifestée. Tout au moins, discographiquement. Avec ce Unity éclaté, labyrinthe musical des plus enthousiasmant, on la retrouve dans une forme optimale. Douze titres la portent aux nues et le premier, Shadrack, initie une électro que sa voix tarée et traficotée pervertit. Ca pulse follement, il est bien évident que l’Allemande n’a aucunement pour but de se frotter à la norme. United Women Of The World groove, funky, reggae d’énergie punky. Il fut conçu en compagnie de la chanteuse jamaïcaine Liz Mitchel et de l’icône new-wave Lene Lovich. On est bien entouré, il y a là de quoi tripper. Unity, éponyme, dubbe dans la coolitude. C’est George Clinton, ni plus ni moins, qui pour le coup a épaulé Nina. Ca sent la lutte, l’appel à la liberté, le barrage à l’oppression. 16 tons, tiré d’un vieux classique country-folk américain sur les mineurs du Kentucky, jette une country révélatrice. Avec, cerise sur l’éclat sonore, ce chant cinglé, démoniaque, qui ne cesse de dénoncer. Atomwaffensperrvertrag, comme s’il fallait encore confirmer l’étendue des délicieux dégâts, livre lui, en Allemand enivrant, des airs d’électro-psyché bien enfumée. Et exotique.

Ca part dans tous les sens et surtout, ça excite les sens tout en suscitant la danse. Gib Mir Deine Liebe, pas plus raisonnable, confuse les voix. Dans, comme de coutume, une folie hautement créative. Les oiseaux y gazouillent, comme pour y ramener de la sérénité. Puis Venusfliegenfalle, rafale électro-rock bien vicelarde, empaquette l’auditoire. Plus que concluant, il enfonce le clou d’un opus d’entre les mouvances. Redemption Day, au gré de sonorités dépaysantes, marie traces rock et déroulé peinard, avec succès. A 67 ans Nina Hagen, inspirée, se permet le sans faute. Il y a dans son disque trois reprises, je vous mets au défi de les identifier! La touche Hagen est partout, son album est partouze. Sonore. Freedom!, clame t-elle dans l’éraillé. Geld, Geld, Geld, dans une étoffe pop-rock vive et rutilante, se met lui aussi en évidence. Unity rassemblera, ou ne sera pas. Die Antwort Weiss Ganz Allein Der Wind, presque reconnaissable, transfigure un classique. A la mode Hagen, soit dit en passant, donc forcément en marge.

Open My Heart (Dinner Time) funke imparablement, dans une Unity qui ne se conteste plus. Vocalement, il prend la tangente. Hagen impressionne, sa galette/palette nous contraindra à l’investir sans relâche. It Doesn`t Matter Now, chargé de la boucler, s’en charge dans une veine folk dénudée. Avec prestance, avec élégance. J’ai la sensation, à l’écoute, d’être au Music Hall. Hagen n’a pas pris une ride, sa rage résonne juste et vraie. Elle prend des formes multiples, adroitement façonnées, qui n’ont sûrement pas fini de bifurquer tout en s’en prenant, et ça se prend, à notre faim d’insoumission. Dans le verbe, dans la note, dans la diction. Pour ma part j’y retourne, en vous intimant de passer toute affaire cessante à l’audition de ce Unity difficilement perfectible.