Tio Madrona « Rabia » (Club Teckel/P572, 18 novembre 2022).

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Bassiste chez Sweat Like An Ape !, entre autres multiples activités, Oscar Galea officie en solo sous ce patronyme, Tio Madrona, qui lui permet de s’appuyer sur ses racines andalouses pour créer, personnel, son registre à lui. Rabia en fait étalage, on y trouve du mystique combiné à des élans flamenco et autant le dire de suite, il est rare d’entendre ça. Chant fervent, folklore mondial et zébrures sonores s’invitent au festin, il y a là de quoi tenir -en haleine- un long moment. Loops, Espagnol mêlé à des mots inventés contribuent aussi à singulariser l’ensemble. Alma ouvre la marche, il se range déjà à part et réfute toute catégorisation. J’ai le sentiment, parfois, d’un Wovenhand occitan sortant de mes enceintes. L’identité est plantée, Galea incante, se pare de sons qui désarçonnent. Je ne trouve pas les mots, pardonnez mes approximations. Diego, bluesy, se déploie flemmard. Ses sons sombres, le flugelhorn de Steph Barra aussi, le typent. Il faudra plusieurs écoutes pour, réellement, s’imprégner de Rabia. L’assimiler, lui tirer tout son jus.

Rabia, éponyme donc, grince et, de ses motifs qui se redisent, obsède. Il est évocateur, profond. Le disque, de toute les manières, incite au voyage, fortement. Il ne peut, eu égard à son écorce, laisser insensible. Tio Madrona se démarque, dépose sa marque, joue un Tarumba lui aussi dark, dont les sonorités bricolées me font penser à Tom Waits. On s’entiche, là aussi, du décor imaginatif qui s’en vient percuter l’esprit. D’une sorte de complainte intense, très immersive. Rabia est un ouvrage dans lequel on plonge, dont on peut ressortir éprouvé pour ensuite y retourner. Pour l’appréhender. Saint-Michel en atteint le mitan sur un temps plus long, flamenco d’abord, dans le subtil que l’oud de Ziad Ben Youssef fait reluire. Mais jamais, prenez-en note, dans le convenu. A ses racines, Tio Madrona greffe ses idées. Son jeu est fin, possédé. Le transport, le transe-port pourrai-je même dire, guette au détour de ses notes, notables.


Photos Maréva DUPOST.

Brunata Quea, plus cadencé que le reste, parait annoncer sinon une implosion, tout au moins une montée. De plus en plus le texte, forcément marqué, captive. La force de Rabia se loge dans son approche, dans son anormal, dans son audace qui au final, s’avère accessible ou plutôt, (presque) aisément « domptable ». Äam bénéficie, lui aussi, de sonorités réitérées. La trompette d’Adrien Demont, à la Calexico, y trouve sa juste place. Coods le confirme, Rabia est un opus vibrant. Une collection dont l’écoute ne s’oublie pas de sitôt, marquante et sans réel pareil. Coods se sombre, splendidement, dans une lenteur qui nous possèdera. Enfin Daro, aux beaux accords, met tout le monde d’accord. Si le contenu n’est pas commun, on en conviendra, il porte en lui ce pouvoir de séduction, ces atours marginaux qui sans tarder, capturent l’attention toute entière.