Précipité « Naufrages » (Araki Records, 7 octobre 2022).

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On sait bien peu de choses sur Précipités si ce n’est qu’il recourt à des musiciens d’horizons très divers, crèche chez Araki Records et vient de nous larguer, variée, cette galette nommée Naufrages. Neuf titres turbulents, au mot habile, qui oscillent entre la minute et le quart d’heure. C’est d’ailleurs sur quinze minutes que Transmission, le morceau « ouvrant », s’offre à nos écoutilles pour, d’un début spatial, évoluer vers un tumulte soutenu qu’on se dépêche de valider. Précipité, sans hâte mais immédiatement, chope l’oreille. La batterie martèle; l’instrumentation, large, se cuivre et s’enflamme. L’entame est belle et fougueuse, elle plait d’emblée et mérite notre blé. Notes math, climats post remuants et ruades de la cadence, sur fond de chant posé mais insistant, font la différence. Quinze minutes de bonheur, pas une seconde d’ennui. Ce chant en Français, parfaitement adapté. Je pense un peu, pour le coup, à Lignes Droites et leur plus que bon Karl. Des dégelées noisy s’invitent, sans qu’on les refoule. Ca breake, soudainement. Quasi psyché. Surprenant, le groupe n’a pas fini de nous dérouter. Il jazze presque, s’élève, se perd dans le ciel. L’orage revient, zébré de bons gros éclairs. Mais racé.

Et voilà, rien que pour un début de Naurages… Arrive alors Polaire, à l’urgence saccadée et vaporeuse. Je devine déjà, derrière lui, une ribambelle de titres irréprochables. Mais pas si vite, Flux pose ses notes claires et sur sept minutes, marie les voix. Il est subtil, je ne sais pas pourquoi mais je prévois l’embardée. Je l’appelle même mais pour l’heure, le propos reste sage. Et concluant. Un coup d’oeil au livret me révèle, stylés, les textes de François Clos. La batterie se fait tribale, Précipité se poste en marge et y reste délibérément niché, à l’écart de tout cliché. Réseaux suit, dans une électro rêveuse mais en vie. Ombrée, elle brise son élan et présente une voix narrative. Tout se prend ici, À pleine vitesse file et fait briller ses cuivres. Post-punk dirait-on, kraut quelque part. Précipité, surtout. La clique a du chien, ses Naufrages nous emportent dans leurs sorties de mer. Stop, en une minute de furie punky/rock’n’roll, envoie tout valser. Grondant, percutant. Carcéral lui emboite le pas, bien moins bref. A son tour, dans un vigueur racée, il convainc et rallie.

Quelle belle trouvaille que ce projet, caché, qui gagnerait à se faire (re)connaître. Et qui, jouant bien, fait reluire ses zones d’ombre. Ou, et j’aime ça, crisser ses partitions. Le tout dans une alternance, sur ledit morceau comme partout ailleurs, exaltante. Ainsi Blanc, à l’orée des six-cents secondes, souffle t-il une trame floutée, perchée dans les cieux, aux relents psychotropes certains. Le chant en surgit, de brouillard, pour surligner le trait d’un titre comme sous produit. Enfin Conduit, ultime salve au temps plus réduit, offre une noise entre terre et nuages, sertie aux cuivres, magnifique, qui permet à Précipité de se fendre d’un premier jet tout bonnement passionnant.