Belvoir « Nouvel Anormal » (Another Record/Cheptel Records, 21 octobre 2022).

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Composé de Romain Vasset (Frànçois & The Atlas Mountains) et François Le Roux (Selen Peacock, programmateur avec le Collectif Pieg), Belvoir peut faire dans la pop électronique « abordable » (à sa manière) comme l’instant suivant ou précédent, et sur son début d’album, délirer comme si la fièvre l’avait capturé (le bien nommé Crier, assez Suicide, en ouverture). Ca lui donne du style, de l’identité. Ca le rend, aussi, imprévisible. Son Nouvel Anormal fut enregistré entre Bristol et Belleville, mixé par Vincent Hivert (En attendant Ana, Biche, Agar Agar) et ma foi, on a parfois la sensation d’entendre, dans le climat, un peu des 2 villes. Au mitan de ses déviances, le duo signe Le serpent, électro-pop poétique aux sons envoûtants mais aussi décalés. Son oeuvre est une bien belle surprise, elle dure huit titres et de ce fait, contraint à d’autant plus s’en imprégner. Le titre éponyme survient, de grésillements électro vrillés en groove cold syncopé aux reflets dub. Entre mots d’élégance et ornement changeant, il ne dit pas son nom. Inclassable, Belvoir nous en fait voir. Il sillonne, en marge, des chemins bien à lui. On l’y suit, en amoureux de ces zones où la norme n’est pas conviée.

Après cela Le matin viendra, il sera alerte et sa basse galopera, cold à nouveau. Obsédante. Là encore, on ne sait plus où on en est. On trace et on efface, on flotte, on use de termes imagés. Les sonorités, à nouveau, chopent l’oreille et, pas normées, la nourrissent de bruits inhabituels. A ce moment là déjà, si attentif tu es, tu auras succombé. La rue des vaincu.e.s, sombre, indus d’abord mais loin de s’y restreindre, s’allège ensuite en se parant de couleurs pop-psyché dérangées parce qu’attendez, chez Belvoir on n’est pas spécialement prêt à se ranger. Des notes triturées, le rappellent, la voix se robotise comme pour « célébrer », si on peut dire, le déclin de l’humain. Sécurité globale, dans un chaos de manifestation à peine supérieur à la minute de durée, se prend les bandes dans le stylo Bic. A sa suite se pointe Pavé, sonique et bruitiste. En séquences givrées. Trop bon. La récré se termine mais affirmons-le, on l’a bien vécue. La place, en dernier recours, soufflant une électro barrée et céleste, dotée de vocaux/rires déments et d’encarts entre guilleret et folie douce. Excellent de bout en bout.