Il me tardait, depuis Mihassou lors d’un superbe set d’expo-concert, de retrouver les doubles-tirs de la Lune. J’entends par, première partie tonitruante et tête d’affiche galvanisante. Ce jeudi de la fin de septembre mes voeux, ardents, furent largement exaucés par le menu du jour; Gasoline pour débuter, en duo incendiaire pas piqué des vers. Vu deux fois déjà, avant celle-ci, et sans jamais flancher. Puis Cash Savage and The Last Drinks, Australiens au rock impétueux/majestueux, qui firent bien mieux que de confirmer la grande valeur des groupes de leurs terres. Une grosse affiche donc, placée sous le signe d’un rock qui saigne, joué dans le rouge. Thomas Baignères et Théo Gosselin, en pôle position, firent ainsi frémir l’assistance avec dans leur besace, The orange album et sa palanquée de titres forts. Déjà très bon le disque, sur planches, envoie du bois (notez l’humour…) et sans plus attendre, l’homme au chapeau et son acolyte au drumming « physiquissime » font rougeoyer la Lune. Leur rock est brut, il se nuance avec classe, sans fard ni entourloupe. C’est, à entendre, plus que bon. Je l’escomptais, ces deux-là ont toute ma faveur et leur prestation, wild, déblaye le terrain pour Cash Savage en lui mettant, tout de même, une foutue pression. Gasoline, c’est le feu et l’amour, la caresse et l’agression, la braise et le sentiment. Merci messieurs, vous fûtes dignes de mes attentes. J’attends d’ores et déjà, converti, la suite de vos errances.


Gasoline.

J’échange avec mon voisin, un mec captivant. Je jette un oeil à la foule, entre nouveaux et anciens. J’aime. Je trépigne mais ça va vite, à la Lune les techniciens font le taf avec conscience. Je ne bois rien, le son me suffit et Cash Savage and the Last Drinks (l’humour, décidément..), à grande lampées d’un rock qu’un Nick Cave aurait validé pour sa retenue venimeuse et ses crues sans politesse, va alors se charger de nous mettre, tous autant que nous sommes, sur le flanc. Racé autant que nerveux, le septette bénéficie de l’apport d’un violon tantôt vrillé, tantôt amical. Ca lui file du style, il n’en manque déjà pas. Il griffe l’épiderme, passe du baume, dépose ici un charrette de morceaux qui oscillent, ondulent, montrent les crocs et rallient tout le monde. La chanteuse, charismatique, assure un show qu’on ne peut taire mais c’est dans l’unisson, polisson, que Cash Savage and the Last Drinks relève le défi. Ces deux filles dans le public, par le son enivrées, je le parierai, s’embrassent à n’en plus finir. Ferme ta bouche, l’intolérant. C’est de l’amour, peut-être un jour y goûteras-tu. Rock noisy, bridage classieux, guitares à la Pixies, chants ensemble, en ferveur, et spectre étiré font de ce concert un must.


Cash Savage and the Last Drinks.

T’en es, j’en suis, nous en Somme(s), l’absent ne sait pas ce qu’il rate. Autour de moi, les têtes chorégraphient. Les mains tracent des figures, les deux demoiselles n’en finissent plus de s’enlacer. Tchot Crimon, ce talentueux, est ce soir venu. Mon crâne, en branle, en félicité, me fait rater quelques clichés. Je me rappelle alors que la gentille Marie, m’ayant vu le premier devant le guichet, juché sur le pavé, a par anticipation imprimé mon sésame, ce petit billet qui offre l’accès à un soir d’espoir. De rencontre itou, de fougue et de révélations car cette bande de Melbourne, avant ses méfaits d’aujourd’hui, je n’en connaissais rien. Une heure plus tard je la vénère, si j’avais de la monnaie je passerais au merch mais le paresse, et la perspective de retrouver ce vendredi « mes » précaires à accompagner, me pressent de regagner le Nord, mon « tiek », mon repère.. Je repars comblé, nourri de son, en songeant à ce trimestre Lunaire qui, je vous enjoins à le vérifier ici, réserve son package de programmes à ne surtout pas occulter. Superbe soirée.


Cash Savage and the Last Drinks.

Photos Will Dum.