Divers « Les Secrètes Sessions » (Dur et Doux, 22 juillet 2022).

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Mélissa Acchiardi, Anthony Béard, Guillaume Bertrand, Myriam Bovis, Cynthia Caubisens, Pierre Chanel, Maud Chapoutier, Rémi Foucrier, Stéphane Giner, Pierre Glorieux, Guillaume Lagache, Guilhem Meier, François Mignot, Estelle Mouge, Judith Saurel. Tous ensemble, 3 jours durant. Avec elles et eux, une équipe technique vidéo et son. Tout ce monde rassemblé, à la Tannerie de Bourg en Bresse, pour une création unique et décalée. Ben oui, on est chez Dur et Doux quoi! Alors ça donne Les Secrètes Sessions, soit quatorze titres où la majesté des cordes le dispute à des bourrades noise émaillées de textes extravagants, qui voient Baudelaire se taper un hot-dog et une pipe d’opium en allant mater Un match de baseball. C’est le début de l’errance -musicale-, il y a dans ce truc-là du The Ex et une liberté dont on aimerait bien hériter dans le quotidien. Ca griffe avec style, le mot stimule l’imagination et flirte de manière fréquente avec la déjante. Sous les arbres, on laisse la narration nous « bercer », si on peut dire, pour une sieste que les crues façon Sonic Youth dérangent. Trop bon tout ça, comme quoi l’union fait ici la force et L’homme en velours, porté lui aussi par ces cordes livrées à des soubresauts tempétueux en fin de titre, est certes bien mis mais aussi bancal, faussement équilibré. Tapo, qui lui succède, usant de motifs lunaires et d’une trame free pour lui aussi nous toucher. Sous Harissa lexomil, l’auditeur se tape un trip psyché. Ah bah oui, la poly-consommation a forcément ses effets. Surviennent, tapageurs, des coups de bélier sonores. Racés, valables.

‘Tain, j’adore! Pomme, aux sonorités volantes, se laisse croquer. Il enfle et dissone, le ver est alors dans le fruit. Mange route scande et délire dans le texte, il est beau et déviant. Aussi lourd que les fers, dépaysant, dépasse les sept minutes et ce faisant, étend l’échappée. Il a des airs d’orient, après lui Jull joue un jazz noir et sans chaines, saccadé, sur treize minutes « et des ». Portée des cuivres, un peu ivres. Absence d’entrave. La texture de l’abricot, moins soyeux que le fruit en question, lacère et s’orage. Même sans chant, Les Secrètes Sessions performent. Icaria, au format à nouveau long, s’apparente à une sorte de drone céleste. Le pote de Vanessa arrive alors, agité, électro, aux chants mêlés. Il finit par s’emballer franchement, breaker avec joliesse, s’imposer comme tout le reste. Le dromadaire en chocolat, sur des notes derechef trippantes et ensorcelantes, convainc pareillement. Zik d’ailleurs, zik des meilleurs. Me voilà converti, chez Dur et Doux t’façon on prend des sentiers sinueux et ça me va gavé bien. On explose les formats, d’ailleurs Noël à Saint Tropez déconne en reprenant un air connu sur son début. C’est l’ultime cadeau, joyeux et funky, d’un recueil de haut vol qui nous prouve, si besoin était, qu’expérimenter peut rimer avec captiver dès lors que les intervenants s’inscrivent dans ces dispositions-là.


Photos Djavanshir.N