Il avait cette année encore, ce « Murmure » Eudois étalé (sans s’étaler) sur trois jours, des airs de (re) viens-y. Si je n’en vécus qu’une grosse moitié, panards en feu obligent, c’est dans la joie qu’appareil en main, vêtu d’un t-shirt célébrant ses 20 ans, je parcourus l’événement que depuis 2012, je m’applique à relater. Mais « te la pète pas Will », narre-nous plutôt tes ressentis, tes impressions qu’Antropia de son rock un brin trop convenu ne parvint pas tout à fait à exalter. Qu’importe, le souffle du Murmure pour l’instant me suffit. J’ai renoué avec son houblon, claqué des bises à une bonne partie de l’orga, bref j’ai retrouvé mes terres. Mes bases, une atmosphère, un éclectisme musical qui fait mouche même si je dois le dire, j’aimerais y voir de la cold-ave, de l’indus, de la marge, du décalé, en lieu et place de ces formations reggae qui me font souffler tout en faisant sombrer, dans l’allégresse, bien d’autres que moi. Pendant ce temps là La Caravane Passe et ma foi, son folklore manouche est issu d’une belle souche. Il a du chien, le Murmure enfle et gagne en envergure. Je vous parle d’un temps, que les moins de vingt ans…bon, calme-toi petit scribe, FFK produit ici un boucan funk-rock à l’énergie dévastatrice. Révélation? Affirmatif mon colonel, le singer a d’ailleurs d’ores et déjà coiffé la couronne. C’est l’ouragan, on se dit alors qu’après ça Cali va nous mettre au lit. Tu parles Charles, le chanteur ira même jusqu’à nous convier sur scène, se saisissant du matériel de l’un des nôtres, sans oublier de surfer sur la foule pour aller s’enquiller une mousse dont il fera son shampoing. Le tout au son d’un répertoire chanson-rock de qualité, souligné par la présence finale de ce diable de Didier Wampas. Ce 14 juillet, Cali fait sa révolution. Mon jeudi est bonheur, Johnny Mafia et son rock indé percutant me sied parfaitement et le ponctue d’envolées enragées aux mimiques significatives. La route du retour, barbante, précède un repos aux notes rock bienvenues.


FFK et Johnny Mafia.

On s’en revient le vendredi, deuxième jour qui sur son Off nous délivre la prestation d’un Whatever juché sur le Carpanorama. A chaque set, le gang d’Amiens rafle la mise de sa funk ou rock et hip-hop copulent allègrement. Voilà une amorce de choix, à l’intérieur Arsène Lupunk Trio dicte sa messe, pas très catholique, en se parant par exemple d’une reprise magistrale du Fier de ne rien faire des Olivensteins. Danser, mimer, contester; le punk de ces trois-là a du chien (aïe…), de l’allure et au delà de sa dérision, de la profondeur. J’aurais bien chopé, à leur merch, un t-shirt mais finalement, je fais le choix de l’étoffe « collector » des 20 ans du Murmure. « Mon » Murmure car, je me plais à le rappeler, depuis belle lurette j’y pointe mes mirettes. Debout sur le Zinc, d’un ennui pour moi abyssal, les repose pourtant. Je me paye un ‘dwich, damned il est bon! Steak haché bébé, tu peux pas test (notez le manque d’actualité de l’expression, qui remonte tout de même au mitan des années 2000)! A la digestion, The Soulphonenixs naviguent entre funk, jazz, rock et électro avec une prestance qu’on ne niera pas. Murmure, si j’avais tous mes pieds, je te suivrai jusqu’à en perdre la tête. Mais c’est Serpent, de son rock funky pété de style et de morceaux probants, qui conclut mon Friday. Serpent, j’adore. Le leader fait son Ian Curtis, parfois. Il en jette, ses hommes de main pas moins. Je repars, à seulement deux jours ma satisfaction est d’ores et déjà totale. L’assemblée, au son entre autres de Groundation, s’enjaillera ensuite sévère. C’est la fête, le Murmure bat son plein et fait le plein. De public, de bon son, d’union et de communion. Le chemin du retour, vous en connaissez le refrain…


Arsène Lupunk Trio et Serpent.

Nous voilà donc au samedi, ultime journée de félicité que Brasstong amorce en jouant avec des tongs, sur une batterie « que je sais pas comment il peut la voir avec son masque en bouteilles d’eau ». Voilà un bazar atypique, preuve s’il en fallait encore que le « Off » réserve lui aussi son lot de (bonnes) surprises. Têtes Raides lui, n’en est plus une mais son live rock et racé ouvre le samedi de manière persuasive. On n’en attendait pas moins, la durée réduite de son temps de scène l’amène visiblement à rugir un peu plus qu’à l’habitude. Mégaphone en main, Christian Olivier clame sa poésie lucide, imagée, à l’unisson avec des musiciens fiables. Bon, très bon, avant les pitreries pop-punk/yéyé-garage de Sugar & Tiger. Le registre est certes immuable, mais sa qualité et le brio scénique de Didier et sa petite famille défient toute concurrence. Le gaillard part faire le con, se perche et traverse la foule, on en a là aussi pour notre argent. J’ai beau jeu d’écrire ça, j’ai même pas payé mais toutefois, j’ai donné. Du jeton surtout, le temps d’une autre bière et dans l’attente des Négresses Vertes que forcément, j’attends de boitier ferme. Mazette, ils sont impeccables! Heeyy, c’est mooii, vous me reconnaissez??! Ca enivre ce truc-là, ça a des airs de vieille France, d’alterno français des late 80’s et ça pue la classe. L’ombre d’Helno plane mais qu’il se rassure, Mellino et consorts tiennent la baraque et mieux, ils la dézinguent! As happy as possible, clin d’oeil aux Thugs, j’arpente le bitume de la place du Château pour regagner la scène 2, des étoiles dans les yeux (c’est un peu pour la rime…mais pas seulement).


Têtes Raides et Sugar & Tiger.

C’est alors et pour conclure, en ce qui me concerne, Mr Speaker et son ska millésimé, survolté, qui bouclent mes aventures sur des airs de biture…sonore bien entendu. Ca swingue, ça skanke, ça groove « de ouf » comme dirait l’ado et bordel, s’il me faut mettre les voiles alors que se dresse mon poil, c’est à un gig de haut vol qu’il m’est donné d’assister. Rocksteady, reggae, ska à tous les étages et jamais de bas étage, à damiers mesdames et messieurs! Les Havrais te malaxent ça avec savoir-faire et en extraient leur propre substance, vitaminée, dans des accoutrements au noir et blanc seyant. J’envie ceux qui, après ça, se jetteront General Elektriks ou Dätcha Mandala, venu pour remplacer au pied levé les excellents We Hate You Please Die. Mais l’essentiel est ailleurs: pour les 20 ans j’étais présent, il ne pouvait en être autrement et je ressors de là comblé, au delà de l’attendu, par un Murmure à la bien belle allure.


Les Négresses Vertes et Mr Speaker.

Photos Will Dum.