Dandaure « Rude Nada » (Araki, 15 juillet 2022).

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Dandaure vient de Marseille, il joue dans les pièces étroites et sûrement pas dans les boites. Il fut fondé en 2017, dans un sous-sol de la cité phocéenne, par Krim Bouslama et Billy Guidoni (basse et batterie du duo noise Costa Fatal, animateurs de l’émission Bruits Confus), Fabio Cerina (guitariste légendaire de la scène noise Sarde, Bron y Aur, Plasma Expander, Uncle Faust) et Fabrizio Bozzi Fenu (guitariste activiste de la scène d’improvisation libre Sarde / Marseillaise, histoire de donner le ton). Les gars ont pour eux cette liberté, une propension à l’errance sonore qui nous offre là six morceaux où no-wave, noise, jazz sans laisse et climats « capturants » (Kaliportage et ses effluves dark qui dépaysent à souhait, lancinantes) vont de pair pour osciller entre tumulte, bruitisme sans trop d’optimisme et encore moins de politesse (Displose Moon en ouverture, noir, en torrents nourris qui virent ensuite en une forme de sérénité dérangée), accouchant d’un tout dont les écoutes révèlent l’extrême richesse. Rude Nada, le disque qui en résulte, mérite donc bien des égards et volontiers il s’égare, dans des méandres où il fait bon le suivre pour peu qu’on s’y montre disposé.

Pour cette raison Ideona Decline, en s’appuyant sur des motifs répétés, fascine par son ambiance, ses syncopes, son non-genre. C’est avant tout dans ses choix du libéré, du spontané inspiré, que Dandaure séduit. Même sans voix, ce qu’habituellement je fuis car le tout instru, ça me tue. Mais pas ici. Manteaucorne, dans une céleste agitation, en est la preuve. « Ah ouais putain c’est zéro ton truc, y jouent tout l’temps la même chose! », me lancerait ce voisin chez qui le son n’est pas légion. C’est justement pour ça, et tu as d’ailleurs tort my dear neighbour, car Dandaure aime à quitter la route, qu’on aime le quatuor où même, on trouve des Italiens. Toujours prompts, nos amis transalpins, à se placer en marge. Ou à bazarder un psyché trituré, sur ce même titre, avant de performer ce Mom Tique dont le début m’évoque le early Sonic Youth, d’une veine blues bien trippy très vite noisy. L’expérimentation, bordélique parfois, captivante tout le temps. Lassante, aussi, si t’es ni prêt ni initié. Et Montalbo, pour finir, qui lui aussi me rappelle Moore and Co de par ses guitares boucan et son rythme cabossé, achevant une série de compositions exigeantes et personnelles.


Photos par Hazam Modoff (Gaffer Fest, Lyon 2019)