BENDER « The Crowd Growls, The Crown Falls » (Death to Majors Records/Ganache Records, 3 juin 2022).

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Bender, c’est une énergie passée à tous les filtres -sonores-, mais jamais trop jugulée si ce n’est sur des tires comme The Humanity’s Final Canticle, douceur folky, sur ce The Crowd Growls, The Crown Falls qui n’est pas, loin s’en faut, sa première tentative. Le groupe du sud enchaine, comme à la parade, les titres pitres, élevés, génialement décousus façon King Gizzard ou encore Oh Sees. Garage, punk dans la vigueur, surfy parfois, trashy dans le même temps (Purple Tales), le disque respire la liberté de ton. Il dézingue d’emblée (Neuralgic Point qui en moins de deux minutes, trace et saccade…avant de ralentir et s’orner d’un joli sax). L’amorce est éloquente, sa fin braille et dévaste. Puis I Bet You, bourru, sert des ouh-ouh charmeurs et euphorisants. Bender joue classieusement, mais dans un fatras qui se permet pas mal de dérives. A l’envi, il change de braquet. Iggy Pop Became a Horrific Monster, façon Jay Reatard sur notes surfy ferventes, l’avantage à son tour. Sans détours. Bender, on peine à le décrire, il faudrait le choper au lasso mais son agitation nous en prive. A King’s Fall débute dans la ouate, s’emballe ensuite tout en conservant sa sensibilité.

jors Records/

Il pique, tout de même, dans ses guitares offensives. Incisives, d’éclat et de pénétration. Alors on aime, pour moi c’est de plus une trouvaille et je la prends sans gueuler. Incantations surfe, file tout droit, castagne comme il se doit. Psyché, ensuite. On est perdu, c’est bon d’être perdu! You Waste It se désape, à nu. Après il prend vie, prend corps, dans une finesse estimable. Bender, à tous les étages, se met en évidence. Toxic Waves, torpille garage toute en rage, riffe hard. Bender, entre les genres, ondule avec style. Là aussi, on se trimballe entre les tendances. Une trouée doom survient, dans un noir bien groovy, avant un passage aérien psychotrope. On flotte, sérieusement secoué tout de même. Cobra’s Letter fait dans l’urgence mélodique, sans chaines ni limitation de vitesse. Là aussi, on joue bien. Dans l’union, avec entrain et subtilité. Freaking Out, dans une étoffe poppy étoilée/turbulente, convainc quand vient son tour. Il fuzze, passe dans la foulée à des tons adoucis.

Snake and Go Nuts lui succède, sautillant, pas moins concluant. On est alors conquis, les deux morceaux mentionnée en début d’article consolident l’effort sans flancher un seul instant. Free, Bender dégage de la saveur. Au moment d’en finir Alas, Alas, Adieu démarre tribal, se déploie sur plus de sept minutes trippantes. Il visite le ciel, climatique, après un encart vrillé. Il se fait lourd, le sax revient broder ses notes bleues folles. Les chants déraisonnent, psychiatriques. Reviennent, pour finir, des abords tribaux qui embarquent les sens. J’ai fini mais Bender, lui, ne se lasse pas pas de désorienter, le long d’une succession de compositions de qualité optimale.