Damned! Je n’irai pas par quatre chemins, la soirée d’hier fut royale et intense. Elle m’offrait la possibilité de revoir les clermontois (de l’Oise) de Cheap Wine, dont je connais la ferveur et la tenue sur scène. Grande joie donc, associée à la trouvaille de taille, immense, que fut le trio The Schizophonics issu de San Diego au leader monté sur ressorts, totalement ébouriffant. Pat Beers, un animal sans répit à la gestuelle explosive, qui médusa l’assistance au sein de laquelle les grandes gamelles du rock de notre localité, toujours promptes à s’afficher en ultime connaisseurs de ladite mouvance, restèrent cois et interdits, terrassés par le bonhomme et ses deux acolytes, dont sa compagne Lety aux tambours. Mais avant cela, relevons la prestation d’un Cheap Wine au registre de ciment, estampillé 70’s, d’une musicalité qui le crédite sévère. Depuis toujours, le gang emmené par Mathieu Devillers marie rock wild, traits blues, effluves psyché et embardées enfumées au saveurs tenaces. Le theremin les fait onduler, le chant est fou, possédé et de temps posés en attaques furibardes, on se trimballe entre les genres, entre les ères, au gré de morceaux qui tabassent et/ou montent se percher. Là-haut, sur les sommets de la qualité.

On le sait, c’est loin d’être une nouveauté: ces musiciens-là, à l’instar de ceux d’un Swinging Dice, sont des maitres. Passionnés, ils distillent un nectar de tout premier ordre, qui trouve sa source dans le passé mais nous rend l’actuel bien plus supportable. Unis, ils laissent le clavier voluter, les guitares s’enrager, parfois se nuancer, le rythme se chalouper. Ca enivre. Cheap Wine, en dépit de son nom, dégage l’odeur d’un grand cru. Il est fort en bouche, il s’en extirpe des relents de vérité qui en accroissent l’impact. On s’incline; pour ma part je ne suis nullement surpris, habitué au brio des gaillards, mais entièrement comblé.


Cheap Wine.

Il nous reste pour chavirer de manière irrémédiable, à l’issue, ces Schizophonics déraisonnables, rentre-dedans, rock jusqu’au bout des riffs, qui de suite font monter la tension de plusieurs échelons. Ce n’est plus un concert, ça va bien au delà. C’est une performance physique, sonore et charnelle, qu’à aucun moment nous ne verrons retomber. Se succèdent, durs comme du silex, les titres acérés. Pat galope, se met à genoux, fait des bons de cabri, grimace d’implication, joue des notes sans pitié. A ses côtés la rythmique tient le cap, encanaillée, dans un turbulent unisson. Fichtre! On n’en revient pas, le gars ne s’arrête jamais. Diable rock, personnage au plus près de son jeu, il fait corps avec sa musique. Il est rare, je n’en ai d’ailleurs pas le souvenir, de faire face à un tel déferlement. Le son est robuste mais audible, la gifle est retentissante. C’est une soufflante sans appel, le gig est certes sans réelles variations, basé sur l’énergie pure. Mais la valeur des compositions, leur interprétation de choc, la maitrise dans la déjante, font de ce set de The Schizophonics un évènement qu’on emportera dans nos mémoires, marquant et concluant.

Mes mots ne suffiront d’ailleurs pas, Schizophonics tu vas les voir, tu les vis, avec délices tu les subis. Ils te chopent par les sens, te mettent sur le flanc en deux temps trois mouvements. Et même moins, quelque part entre MC5, Sonics et Iggy et…eux-mêmes. Je sors souffler, après avoir tenté appareil en main de figer un frontman insaisissable. Vainqueur par KO, vainqueur de par l’excellence de son carnet de scène, la clique parachève un début de semaine que par la suite, peu de lives parviendront à égaler en virulence transcendante. Magistral!


The Schizophonics.

Photos Will Dum.