Parmi les affiches estampillées ASCA, sans cesse attrayantes, figurait celle de ce mercredi soir à laquelle je m’imaginais mal, ceci en raison de la présence de Marc Minelli, légende havraise au parcours riche et fourni, faire faux bond. D’autant plus qu’en duo avec son acolyte Olivier Durand, l’homme au chapeau « coverisait » en l’occurrence Tom Waits avant de laisser place, pour un autre temps fort, à Cedric Burnside qui en paire performante lui aussi, allait nous gratifier de son blues relifté, issu du Mississipi, qui convoque primalité et transe afro pour un rendu des plus accomplis. Ceci dans le cadre charmant du Barasca, parfaitement adapté à l’ambiance intimiste liée à la prestation du sieur Minelli. Après avoir « hommagé » T. Rex, Bowie ou Gainsbourg, ou encore les Kinks, Minelli revisite dans une dynamique entre électrique et acoustique, magnifique, le registre du bricoleur de génie. De Clap hands à Lowside of the road si je ne m’abuse, en passant entre autres par Heart attack ou Rain dogs, on s’immerge dans une sphère au halo de douceur parfois trompeur, lorsque les deux hommes endiablent leur jeu. Dans la vérité, sans fard ni duperie, nous est dévoilé un carnet de scène merveilleux. Minelli sait faire, que ce soit dans la reprise comme dans le personnel. Il le démontre ce soir, impliqué et fort bien accompagné, jusqu’à offrir une seconde vie à l’artiste visé. L’ouverture est de toute beauté, la complémentarité visible et audible. Marc quitte la scène, délaisse son tabouret, se met à jouer au contact de l’assemblée. On est comblé, à l’issue nous le croisons albums en mains. Achats, photos, échanges, nous venons là de parfaire un moment déjà marquant.


Marc Minelli.

La Playlist est parfaite, cependant avant de regagner notre Sweet home une seconde tranche de jouissance auditive nous tend les cordes. Cedric Burnside, fort d’un I be trying de qualité élevée, nous repait à son tour. Aussi fin que brut, joué avec feeling, son blues respire l’afro, suinte une minimale intensité. D’attaques franches en passages plus sages, sans jamais dénoter, le géant généreux aligne les pépites. Un blues d’aujourd’hui, mais de source rétro, nous coule dans les esgourdes. Petit-fils du mythique RL Burnside, fils du batteur Calvin Johnson, Burnside a de qui tenir et dans la parfaite lignée de ses inspirateurs, il dégage une personnalité, une approche bien à lui, qui régénèrent le genre. A deux et pas plus, lui et son complice -un drummer aux airs de pirate, infaillible- brillent, servent subtilité et saturation, enchainent les plans bien sentis. Ca funke un peu, ça peut rugir, le chant est de plus typé. Il va sans dire que l’éventail est tenu, imprenable, concocté par un grand homme dont les mimiques traduisent fidèlement le côté investi. Le ressortissant de Holly Springs excelle, il vient du blues mais ne s’y cantonne pas; c’est son socle, solide, support à fonder des morceaux qui flirtent joliment avec d’autres mouvances. La fin arrivant, il annonce que là-bas, à quelques encablures de son lieu de prouesses, il vendra lui aussi du merch. On en est, s’ensuivent achats et photos. Tout sourire, Burnside et son homme de main arborent la mine réjouie de ceux qui, une fois de plus, ont fait lEs choses avec goût et ravi l’assistance, aux danses significatives, le temps d’un mercredi soir sacrément satisfaisant.


Cedric Burnside.

Photos Will Dum.