Luke Lover « Luke Lover » (We Don’t Make It Records/Hidden Bay Records, 6 mai 2022).

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Membre du Horst Klub, meilleure salle punk de Suisse, actif dans le groupe egg punk The Jimmys, Luke Lover sort sa première cassette en solo, éponyme, où résident art-punk, lofi, post-punk, et qui recueille ses explorations solos de ces dernières années. C’est du désossé, enregistré dans la vérité, parfois presque intime dans ses tons écorchés. Ca n’en est que meilleur encore et si Intro, bref, dispense un post-punk joueur de par ses claviers, déjà aguicheur, Crab sorrow souffle ensuite une trame ténue, lo-fi au charme certain, flemmard comme un Malkmus, qui finit par s’agiter sans heurts. Un délice, qui tient avec deux vis et donne une sensation de bricolage adroit. L’indé, de toute façon, c’est ça. Le DIY. Bien faire avec trois bouts de ficelle, tant que tu tires sur les bonnes (de ficelles). Weit weg progresse lentement, spatial, orné avec mesure. Il incite à la rêverie, après lui For Me (slowed) impose une fois de plus des sons qui s’emportent…pour finalement faire comme si la K7 se défilait. Il est bref, mais on le retient. I move on, dans des airs à la Sebadoh version…lo-fi bien sûr, minimal, valide ensuite le parti-pris « près de l’os » de ce Luke Lover délectable, avec qui il est bon de se mettre à table. Le menu est bon, Ich, Ängstlich l’agrémente d’une touche répétitive, céleste, aux vertus hypnotiques affirmées. Puis Interlude, en 40 secondes, l’imite jusqu’à figer nos esprits.

On s’engourdit, la sensation est bonne mais dans la foulée, on est heureux de renouer avec un canevas plus alerte, si je puis dire. C’est Leicht, au débit à la Pavement, serti de notes subtiles, qui se présente. L’ensemble a du chien, Ines est lui « aquatique », psychotrope, psyché au point de complètement nous léthargiser. Sans hâte, il émerge. L’éponyme Luke Lover arrive après, clairement plus « vif ». Il est tordu, comme on aime. Lo-fi, qui l’eut cru?, fort de vocaux réitérés qui chopent l’oreille. Dans l’économie de moyens, le Suisse arrive à émoustiller les écoutilles. Sa « Tape bonus song » porte la dernière salve, dans une veine électro songeuse et lunaire, à sa cassette qui sort, notez-le bien, chez We Don’t Make It Records et Hidden Bay Records dont il est depuis belle lurette inutile de rappeler l’esprit et la valeur du registre.