Saâda Bonaire « 1992 » (Captured Tracks/Modulor, 6 mai 2022).

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1992 compile les travaux du Saâda Bonaire du début des années 90, que l’on croyait perdus. Actif depuis 1984, culte et musicalement décalé, puisque très large, le groupe de Brême y offre un panel déroutant, auquel il faut s’accrocher, accrocheur d’ailleurs, qui pourrait en chemin nous perdre mais qui finalement, oblige à l’implication car constamment abouti dans ses penchants éclatés. Woman, en ouverture, lance une électro aux teintes jazzy, sur voix soul, à la coolitude qui fait mouche, tout en honorant James Brown dont provient la composition. To Know You Is To Love You parle ethnique, prend des airs cold, ondule fatalement. Saâda Bonaire brouille les pistes, suit la sienne et la rend sinueuse. Parfois il m’évoque un Whale, sur son We care sorti en 1995. Extremes, dans un trip-hop qui à nouveau flirte avec la soul, se déploie lui aussi d’une manière qui fait qu’on s’en éprend. Ca groove lascivement, flemmardement même. Rap et house imprègnent le contenu, So many dreams nous emmène à son tour vers des terrains du lointain. Considéré, en son temps, comme en avance sur son époque, Saâda Bonaire sonne neuf, aujourd’hui encore. Break dub tordu, effluves du bout du monde. Captivant. Running filtre, également, des sons d’orient, pour le coup, alors que sa basse fait serpenter le tout. Saâda Bonaire explore, parcourt le monde -sonore- et en revient avec, dans sa besace, une truelle de morceaux imparables.

Je n’ai jamais été soul, l’ultra délié m’a souvent fait fuir mais là, j’adhère. Sans conditions. Okay it’s over vient parfaire un melting-pot dansant, unique, et valider l’initiative de Captured Tracks qui bien souvent, réédite avec goût. Un peu plus loin That’s right, pas plus domptable, insuffle des percus tribales, des sons à nouveau trippants. Les chants y susurrent, un débit rap s’invite. Celui, semble t-il, de Jimmy Lee Patterson. A côté de ça les deux voix –Andrea Ebert, dans la mélancolie; Stephanie Lange, dans la décontraction- se complètent, se mettant au service de titres cools, certes, mais aussi bigarrés et animés. Et assez irrésistibles. Lovelife fait le disco, use de motifs tout simples et malgré ça décisifs. Your prince funke, trace, la basse y joue à nouveau une ligne mémorable. Pour les bassins. L’éclectisme de Saâda Bonaire est un bien bel atout, crucial car synonyme de différence, d’audace aussi, dans le mélange imposé. 7th house joue une cold exotique, pose des « lalalala » couplés à des sonorités derechef enivrantes. Move from the heart, à la suite, prolonge la danse jusqu’à tard « in the night », au terme d’écoutes successives. S’en extirpent, récurrents, des sons qui vous resteront dans la caboche.

Follow your mind, au gré de percus impulsant un rythme électro-cold, termine le job. On se félicite alors de la sortie en présence, alors que des bonus un brin dispensables (quoique…) guettent ensuite, histoire de complètement nous gagner. C’est en effet So many dreams, sur trois versions distinctes, qui fait office de cerise sur le gâteau. Son pendant dub (Amek live dub) fait son effet, sa démo claque rythmiquement, en pôle position sa NYC Classic edit n’aura que peu surpris. En toute fin de course Extremes (edit), s’il offre lui aussi assez peu de variations, a le mérite de réinstaurer ce trip-hop soul à l’effet conséquent, en conclusion d’une parution sans barrières réductrices et sacrément affriolante.