La Femme « Suppléments » (Born Bad, 23 avril 2022).

0
238

Une salve d’inédits « post-Paradigmes », pour marquer le Disquaire Day. Voilà ce que nous offre La Femme, par le biais de son label Born Bad, en ce samedi d’avril marqué par le vinyl. Je suis preneur, non détracteur, ayant vu le groupe maintes fois sur les planches où il sut, en dépit d’une attitude un brin régressive au 106 de Rouen en 2013, si je me souviens bien, me convaincre tant par sa prestance que par la qualité de ses morceaux. De ses quasi débuts, à la Briqueterie de ma ville, à l’avancée marquée par un autre set solide à l’ASCA de Beauvais, je trace ce clan au son personnel, lascif parfois, surfy, psyché, rock aussi, bien entendu, ou encore électro mais à la manière de…La Femme lui-même. Sur ce Suppléments, je trouve de suite un délire psyché aux voix d’enfants, Trop de peine, qui sous ses aspect légers traite d’un sujet qui l’est bien moins. Ses sons en loopings font leur effet, en sa fin ses guitares s’offrent une belle incartade. On débute bien, dans le fourre-tout qu’est ce disque qui ne sera pas repressé il y a largement de quoi se satisfaire. Plaisir (XV) transpire le vice, dans un duel vocal évocateur à souhait, sur une trame « psychélectro ».

Après lui son pendant sans trop de variables, Plaisir (XIII), suit une voie plus alerte et syncopée. Mais de teneur similaire, dans le dialogue et ce qu’il suggère. Il y a du Limiñanas dans ce que fait La Femme, ça le crédite évidemment. Je plane, exercice délié à la vapeur de détente, se fait exotique dans ses sons de décor. Il se fend, toutefois, de trouées « guitarisées » du plus bel effet, soniques et acidulées, sans quitter ses abords déroutants. Une réussite, à laquelle succède Va (Ελληνική έκδοση) qui lui aussi, s’habille de sons qui plairont. Et se montre appuyé, orné d’un chant qui à nouveau emmène l’auditeur sur des terres éloignées, un peu comme le fait un Altın Gün. Alors que Nouvelle Orléans, électro-pop aux vocaux féminins que d’emblée on reconnait, hypnotise et traficote ses chants. On se fade ensuite la paire Disconnexion, d’abord dans sa version espagnole, entre électro, à nouveau, rapide et hispanisante et voix cinématographiques. On dirait, ce titre, un mix entre flamenco dans certaines notes, lyrisme et boucles qui frétillent.

La Femme se découd, mais continue à captiver. La version anglaise produit exactement les mêmes sensations, on peut tout de même se dire qu’une seule des deux créations aurait suffi. Mais c’est bon, alors on prend. Plus loin Sayonara, au delà des sept minutes, joue une espèce de drone brumeux, étrange et décalé. Je passe, je préfère La Femme quand elle chasse sur ses terres usuelles, en poussant un peu le bouchon. En ce sens Route des épices, dans un jazz libre -dans le climat- aux textures derechef déstabilisantes auxquelles se couple un chant narratif, délivre une trame trippante et pour une dernière fois, synonyme d’extraction de nos bases habituelles. Suppléments, s’il s’avère être hétéroclite -il en est ainsi avec La Femme, c’est même sa marque de fabrique et ça fait incontestablement son charme-, nous lègue au final une dizaine de compositions dont la grande majorité fait largement honneur à ses créateurs.