Häshcut « Antipattern » (Petite Biche Records/L’étourneur/Mexican Cut/Atypeek Music, 16 avril 2022).

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Häshcut vient de Caen, se fout pas mal du Caen dira t-on, sort du son depuis déjà onze ans et je l’ignorais. Fiable réseau oblige, j’en fais aujourd’hui la trouvaille, au son de ce Antipattern qui retourne le ciboulot en passant un peu par tous les états. Psyché de base, dirait-on, il brouille les pistes et trace 8 ornières jamais trop balisées, lancées par Black Metal Surf Nazis Must Die! et sa zik surf qui de suite fait tourbillonner. Instrumental aussi finaud qu’endiablé, il ouvre sans voix, donc, et renvoie une première bonne impression. Il fait du bruit, presque noise, échappant à tout classement définitif. Be Right Back suit, il m’évoque autant certains passages à la Sonic Youth qu’une pop psyché mariant bruit et légèreté. Il s’affine, conserve toutefois un rythme marqué. Il aime le fracas, bien orchestré. Les mélodies, fragiles. egboogi Àpẹẹrẹ fait fuser et crisser ses sons, avance par syncopes, caractériel dans le chant. Il est tout à la fois noisy, indus, no wave, kraut dans ses pulsations. Vous étiez prévenus, Häshcut tourne le dos aux formats prévisibles. Eros, Are Questions the New Answers ? présente des vocaux sages, une trame d’abord « polie », aux ritournelles attachantes. Il allie les voix, se montre d’une beauté un brin échevelée. Parfait.

Plus loin Hope to Never Reascend, euh…post-punk?, psyché?, expérimental?, pas plus raisonnable, se lézarde et fait entrer des sonorités souillées. Il vrille le cerveau, c’est ensuite Greetings from Ribadesella qui impose une progression syncopée, de beaux airs qui intérieurement bouillonnent. J’entends Pavement, en fond, dans ce morceau. Ou Number One Cup. Peut-être est-ce du à l’écoute du Deluxe de Terror twilight de Malkmus et sa clique, acquise hier. Toujours est-il que le côté lo-fi de l’effort le rend sacrément bonnard. Postponed Breakup arrive ensuite, folk dans l’esprit, à nu. Häshcut poursuit avec habileté, sans jamais se figer. Il se peut que pour le dompter, plusieurs passages soient de rigueur. Release Party le termine sur cinq minutes jonchées de sons réitérés, à l’effet psychotrope. Il est saccadé, brillamment sauvage, sans genre précis. C’est du Häshcut, ça s’emporte volontiers et l’incartade guette un peu à tous les étages, dans un foutoir qui captive, peut désorienter et voit le jour, notons-le bien, sur une enfilade de structures aussi indés et ouvertes d’esprit que peut l’être la formation normande.