Angry Silence « Strange Times Call For Strange Measures » (La Face Cachée, 1er avril 2022, en coproduction avec Coolax Records, Redwig Records, Crapoulet, Emergence Records, Jarane, Epicericords, Dans le vide Records et Lucane Distro).

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Les privés d’amour, les boit sans soif (mars 2021) avait déjà donné le la, sur des tons 90’s lo-fi et noisy, le temps de six titres attrayants. Angry Silence, dont les membres sont ouvriers, intérimaires, brasseurs, correcteurs, électriciens et chômeurs, et qui compte en ses rangs Manu (chanteur de Litovsk) et Pascal (ancien Ghost Mice, La Fraction et Unlogistic, fondateur du label Et Mon Cul C’est Du Tofu et plus récemment de Coolax Records), remet le couvert sur une durée plus conséquente avec Strange Times Call for Strange Measures, fort lui de douze trésors indé qui démontrent à quel point les gars font bien. Emo mais pas trop, l’album s’amorce par un The Battle Still Rages, parce que les gars sont batailleurs et ça s’entend, positivement, dans le rendu. Ils défendent, de plus, des causes nobles et prennent le parti des démunis. Another Sunday Night, entre rock percutant et jolis motifs des guitares, les voit à leur avantage. L’énergie est parfois punky, le son proche de celui des planches. Trop bon, hyper sincère aussi. Our Place Called Future, estimable giclée à la Vanilla Blue, marie urgence et mélodie, laissant des ornières noisy.

Les chansons se suivent et toutes survolent, sans forcer dirait-on, la barre du très bon. Ainsi My Mate Jeffrey, dans une pop fine qui vite se hérisse, prend t-il le relais avec assurance. Spontané, DIY, Angry Silence lorgne aussi coté punk, ère 90’s évidemment. Day in Day out débute subtilement, se fait climatique. On n’est plus dans le tir tendu, mais la recette fonctionne tout aussi bien. Brièvement, des accélérations se mettent en place et finissent par s’installer. Dark End of the Street, pétillant de mélodicité, appuyé tout de même, remet lui aussi la cabane au milieu du jardin. Party’s Over mate la country, lâche des effluves bluesy. Ses guitares dérapent, un brin Pixiennes. De la belle ouvrage, sur un temps court, avant que Brother, d’un tempo lourd au chant mélancolique, n’étende plus encore le champ parcouru. C’est chez La Face Cachée par chez nous, mais avec le support de bon nombre d’autres cliques indés fiables, que sort l’opus. Pissing Rain file, mélodieux sans oublier de pulser et de laisser ses instruments glisser. Tout, pour le coup, concourt à ce que ce Strange Times Call For Strange Measures soit un bon coup.

En tous points abouti, doté de choeurs épars mais qu’on remarque, il s’écoute d’un jet d’un seul. All Beauty Eludes Us, fin, y insuffle une sensibilité qui vire à l’orageux. On évoque sur le disque, pêle-mêle, amour, enfance, lutte des classes, lutte contre le monde, lutte intérieure aussi. On y lutte, par le son et par le mot, avec brio. The Best Place in the Sun, constitué lui de syncopes enrobées de finesse, vivace, lance la dernière danse, ou presque, avec prestance. Incroyablement bon, Strange Times Call For Strange Measures sonne vrai, sans faux semblants. Time to Get Real (en effet…) le termine par conséquent avec la même vitalité, en se nuançant avec joliesse, au milieu de belles ritournelles et d’une vigueur débridée, pour en souligner les traits et la portée. Superbe effort.