Not Your Animal « Not Your Animal » (Autoproduit, 1er avril 2022).

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Après leur Not rock’n’roll qui l’était tout de même un peu, les gars de Not Your Animal changent de format puisque c’est un album, avec cette rondelle éponyme annoncée un peu partout comme brulante, qu’ils font leur retour. Si globalement l’objet rugit, recentrons les choses: il est aussi nuancé, en ce sens on ne peut le qualifier de totalement explosif. Ses dix titres visent large, font effectivement dans une qualité que l’ep, déjà, laissait briller. She gone, dans une mélancolie sous-tendue, inaugure les débats. Avec style, dans cette retenue qui persiste et s’exalte. On démarre de belle manière, sans toutefois faire dans l’irrévérence pure et dure. Les aguerris de Not Your Animal, néanmoins, ont pour coutume de tout bien faire et logiquement, c’est ce qui se passe ici. Le groove électro-rock de début, sur Not Napoleon, laisse le champ libre à un rock appuyé, dont la rythmique pulse et ondule pour notre plus grand plaisir. On est dans l’offensif, là où le quatuor trouve ses marques. La batterie place une galopade, les guitares s’excitent alors nous aussi.

La troisième pelletée, No Goodbye, crache une intensité de tous les instants. On se trouve réellement, pour le coup, dans le furibard délibéré. Et libéré. Libérateur aussi. Pas le temps pour les au revoir, Carry On suit en retombant de 2 crans. J’aime moins, mais c’est beau à entendre et ça sonne vrai là où d’autres le font « pour accrocher ». J’en fredonne même les « lalala », preuve que le bazar se tient. Je suis heureux, malgré tout, de renouer avec la rage quand arrive So long et son rock cru. En bonshommes au parcours qui parle, les Not Your Animal y raidissent leurs notes. J’affectionne cette colère, cette tension, qui pour moi sont l’essence même du vrai rock. Pas de ceux « qui font comme si » et croyez-moi, il en existe! Mais pas ici. Liquid Sunshine, de son climat à la Nick Cave, saupoudre une atmosphère vénéneuse, avec brio à nouveau. Le tout est solide, jusqu’alors et parfois, il file comme un bolide. Une envolée fissurée ponctue d’ailleurs ce Liquid Sunshine enfiévré.

Avec Potato Head, on s’essaye à un « wak’eun’woll » sans trop de manières, bluesy et nerveux. On le fait bien, on s’emballe rythmiquement et ça passe sans forcer. L’album sonne juste, My Family l’amène à filer en mode…rock, car c’est le maître-mot, en se parant de teintes pop qu’on ne peut rejeter. Avec, estimables, ces pointes blues bien jouées. Il semble que cette fois et quand bien même il nous reste 2 titres à gober, la valeur se confirme sans autre option envisageable. Lizards, en avant-dernière position, affine singulièrement le trait. Il est pourtant, sans trop attendre, plus rugueux et ce, sans se séparer d’une farouche beauté. David Rosane (lead vocals, guitar) et ses comparses assurent, sans autre prétention que de bien faire.

A l’issue Lullaby, sensible, peut baisser la garde. La diff’ est faite, Not Your Animal se dote d’un skeud éponyme de belle facture qu’il sera bon d’aller tester sur les scènes du pays. Le tout sans masque et sans fard, porté par les vibrations d’un rock souvent orageux, parfois tempéré, authentique dans tous ses recoins.